«Et il me laissa en m'annonçant qu'il quittait le château sur-le-champ pour se rendre à Épinay.»

Rouletabille avait fini son récit. Je lui demandai:

«Eh bien? Que conclure de tout cela?… Quant à moi, je ne vois pas!… je ne saisis pas!… Enfin! Que savez-vous?

Tout! s'exclama-t-il… Tout!»

Et je ne lui avais jamais vu figure plus rayonnante. Il s'était levé et me serrait la main avec force…

«Alors, expliquez-moi, priai-je…

—Allons demander des nouvelles de Mlle Stangerson», me répondit-il brusquement.

XXIV
Rouletabille connaît les deux moitiés de l'assassin

Mlle Stangerson avait failli être assassinée pour la seconde fois. Le malheur fut qu'elle s'en porta beaucoup plus mal la seconde que la première. Les trois coups de couteau que l'homme lui avait portés dans la poitrine, en cette nouvelle nuit tragique, la mirent longtemps entre la vie et la mort, et quand, enfin, la vie fut plus forte et qu'on pût espérer que la malheureuse femme, cette fois encore, échapperait à son sanglant destin, on s'aperçut que, si elle reprenait chaque jour l'usage de ses sens, elle ne recouvrait point celui de sa raison. La moindre allusion à l'horrible tragédie la faisait délirer, et il n'est point non plus, je crois bien, exagéré de dire que l'arrestation de M. Robert Darzac, qui eut lieu au château du Glandier, le lendemain de la découverte du cadavre du garde, creusa encore l'abîme moral où nous vîmes disparaître cette belle intelligence.

M. Robert Darzac arriva au château vers neuf heures et demie. Je le vis accourir à travers le parc, les cheveux et les habits en désordre, crotté, boueux, dans un état lamentable. Son visage était d'une pâleur mortelle. Rouletabille et moi, nous étions accoudés à une fenêtre de la galerie. Il nous aperçut; il poussa vers nous un cri désespéré: