Rouletabille ne dit plus rien et partit pour des pensers inconnus… Un quart d'heure ainsi s'écoula.

Quant il revint à nous, il dit, s'adressant encore au juge d'instruction:

—Comment était, ce soir-là, la coiffure de Mlle Stangerson?

—Je ne saisis pas, fit M. de Marquet.

—Ceci est de la dernière importance, répliqua Rouletabille. Les cheveux en bandeaux, n'est-ce pas? Je suis sûr qu'elle portait ce soir-là, le soir du drame, les cheveux en bandeaux!

—Eh bien, monsieur Rouletabille, vous êtes dans l'erreur, répondit le juge d'instruction; Mlle Stangerson était coiffée, ce soir-là, les cheveux relevés entièrement en torsade sur la tête… Ce doit être sa coiffure habituelle… Le front entièrement découvert…, je puis vous l'affirmer, car nous avons examiné longuement la blessure. Il n'y avait pas de sang aux cheveux… et l'on n'avait pas touché à la coiffure depuis l'attentat.

—Vous êtes sûr! Vous êtes sûr que Mlle Stangerson, la nuit de l'attentat, n'avait pas «la coiffure en bandeaux»?…

—Tout à fait certain, continua le juge en souriant… car, justement, j'entends encore le docteur me dire pendant que j'examinais la blessure: «C'est grand dommage que Mlle Stangerson ait l'habitude de se coiffer les cheveux relevés sur le front. Si elle avait porté la coiffure en bandeaux, le coup qu'elle a reçu à la tempe aurait été amorti.» Maintenant, je vous dirai qu'il est étrange que vous attachiez de l'importance…

—Oh! Si elle n'avait pas les cheveux en bandeaux! gémit Rouletabille, où allons-nous? où allons-nous? Il faudra que je me renseigne.

Et il eut un geste désolé.