—Vous avez donc vu fuir l'assassin jusqu'à l'extrémité de l'aile droite, madame?
—Oui, comme j'ai vu emporter, une minute plus tard, le cadavre du garde.
—Et l'assassin, qu'est-il devenu? Vous étiez restée seule dans la cour d'honneur, il serait tout naturel que vous l'ayez aperçu alors… Il ignorait votre présence et le moment était venu pour lui de s'échapper…
—Je n'ai rien vu, monsieur le président, gémit Mme Mathieu. À ce moment la nuit était devenue très noire.
—C'est donc, fit le président, M. Rouletabille qui nous expliquera comment l'assassin s'est enfui.
—Évidemment!» répliqua aussitôt le jeune homme avec une telle assurance que le président lui-même ne put s'empêcher de sourire.
Et Rouletabille reprit la parole:
«Il était impossible à l'assassin de s'enfuir normalement du bout de cour dans lequel il était entré sans que nous le vissions! Si nous ne l'avions pas vu, nous l'eussions touché! C'est un pauvre petit bout de cour de rien du tout, un carré entouré de fossés et de hautes grilles. L'assassin eût marché sur nous ou nous eussions marché sur lui! Ce carré était aussi quasi-matériellement fermé par les fossés, les grilles et par nous-mêmes, que la «Chambre Jaune!»
—Alors, dites-nous donc, puisque l'homme est entré dans ce carré, dites-nous donc comment il se fait que vous ne l'ayez point trouvé!… Voilà une demi-heure que je ne vous demande que cela!…»
Rouletabille ressortit une fois encore l'oignon qui garnissait la poche de son gilet; il y jeta un regard calme, et dit: