Il se pencha vers moi et, les yeux dans les yeux:

«Vous croyez à cette histoire-là, vous?… Et… c’est tout? Pas d’autres blessures?

— Si, fis-je. Il y a une autre blessure, mais les docteurs viennent de la déclarer sans gravité aucune. Il a la poitrine déchirée.

— La poitrine déchirée! reprit Rouletabille en me serrant nerveusement la main. Et comment est-elle déchirée, cette poitrine?

— Nous ne savons pas; nous ne l’avons pas vue. Le vieux Bob est d’une étrange pudeur. Il n’a point voulu quitter sa redingote devant nous; et sa redingote cachait si bien sa blessure que nous ne nous serions jamais douté de cette blessure-là si Walter n’était venu nous en parler, épouvanté qu’il était par le sang qu’elle avait répandu.»

Aussitôt arrivés au château, nous tombâmes sur Mrs. Edith qui semblait nous chercher.

«Mon oncle ne veut point de moi à son chevet, fit-elle en regardant Rouletabille avec un air d’anxiété que je ne lui avais jamais encore connu: c’est incompréhensible!

— Oh! madame! répliqua le reporter en adressant à notre gracieuse hôtesse son salut le plus cérémonieux, je vous affirme qu’il n’y a rien au monde d’incompréhensible, quand on veut un peu se donner la peine de comprendre!» Et il la félicita d’avoir retrouvé un si bon oncle dans le moment qu’elle le croyait perdu.

Mrs. Edith, tout à fait renseignée sur la pensée de mon ami, allait lui répondre, quand nous fûmes rejoints par le prince Galitch. Il venait chercher des nouvelles de son ami vieux Bob, ayant appris l’accident. Mrs. Edith le rassura sur les suites de l’équipée de son fantastique oncle et pria le prince de pardonner à son parent son amour excessif pour les plus vieux crânes de l’humanité. Le prince sourit avec grâce et politesse quand elle lui narra que le vieux Bob avait voulu le voler.

«Vous retrouverez votre crâne, dit-elle, au fond du trou de la grotte où il a roulé avec lui… C’est lui qui me l’a dit… Rassurez-vous donc, prince, pour votre collection…»