«Voilà un bien gros mot, fis-je, Rouletabille. Vous savez que je n’ai point pour habitude de trahir personne… Mrs. Edith est réellement à plaindre et vous ne la plaignez pas assez, mon ami…

— Et vous, vous la plaignez trop!…»

Je rougis jusqu’au bout des oreilles. J’étais prêt à quelque éclat. Mais Rouletabille me coupa la parole d’un geste sec:

«Je ne vous demande plus qu’une chose, qu’une seule, vous entendez! c’est que, quoi qu’il arrive… quoi qu’il arrive… Vous ne nous adressiez plus la parole, à M. Darzac et à moi!…

— Ce sera une chose facile!» répliquai-je, sottement irrité, et je lui tournai le dos.

Il me sembla qu’il eut alors un mouvement pour rattraper les mots de sa colère.

Mais, dans ce moment même, les juges, sortant du Château Neuf, nous appelèrent. L’enquête était terminée. L’accident, à leurs yeux, après la déclaration du médecin, n’était plus douteux, et telle fut la conclusion qu’ils donnèrent à cette affaire. Ils quittaient donc le château. M. Darzac et Rouletabille sortirent pour les accompagner. Et comme j’étais resté accoudé à la fenêtre qui donnait sur la Cour du Téméraire, assailli de mille sinistres pressentiments et attendant avec une angoisse croissante le retour de Mrs. Edith, cependant qu’à quelques pas de moi, dans sa loge où elle avait allumé deux bougies mortuaires, la mère Bernier continuait à psalmodier en gémissant auprès du cadavre de son mari la prière des trépassés, j’entendis tout à coup passer dans l’air du soir, au-dessus de ma tête, comme un coup de gong formidable, quelque chose comme une clameur de bronze; et je compris que c’était Rouletabille qui faisait fermer les portes de fer!

Une minute ne s’était pas écoulée, que je voyais accourir, dans un effarement désordonné, Mrs. Edith qui se précipitait vers moi comme vers son seul refuge…

… Puis je vis apparaître M. Darzac…

… Puis Rouletabille, qui avait à son bras la Dame en noir…