Je les regardais à tour de rôle. Rouletabille, lui-même, ne baissa pas les yeux quand les miens lui eurent dit la farouche protestation de tout mon être et mon indignation furibonde. La colère galopait dans mes veines en feu.

«Ah çà! m’écriai-je… Il faut en finir. Si le vieux Bob est écarté, si le prince Galitch est écarté, si le professeur Stangerson est écarté, il ne reste plus que nous, qui sommes enfermés dans cette salle, et si Larsan est parmi nous, montre-le donc, Rouletabille!»

Et je répétai avec rage, car ce jeune homme, avec ses yeux qui me perçaient, me mettait hors de moi et de toute bonne éducation:

«Montre-le donc! Nomme-le donc! Te voilà aussi lent qu’à la cour d’assises!…

— N’avais-je point des raisons, à la cour d’assises, pour être aussi lent que cela? répondit-il sans s’émouvoir.

— Tu veux donc encore lui permettre de s’échapper?…

— Non, je te jure que cette fois, il ne s’échappera pas!»

Pourquoi, en me parlant, son ton continuait-il d’être aussi menaçant? Est-ce que vraiment, vraiment, il croyait que Larsan était en moi? Mes yeux rencontrèrent alors ceux de la Dame en noir. Elle me considérait avec effroi!

«Rouletabille, fis-je, la voix étranglée, tu ne penses pas… tu ne soupçonnes pas!…»

À ce moment un coup de fusil retentit au dehors, tout près de la Tour Carrée, et nous sursautâmes tous, nous rappelant la consigne donnée par le reporter aux trois hommes d’avoir à tirer sur quiconque essayerait de sortir de la Tour Carrée. Mrs. Edith poussa un cri et voulut s’élancer, mais Rouletabille qui n’avait pas fait un geste, l’apaisa d’une phrase.