— Vous y avez mis le temps… répliqua, placide, Rouletabille… Cette nuit-là, mon ami, vous nous avez bien gênés. Quand vous apparûtes dans la Cour du Téméraire, M. Darzac venait de me reconduire à mon puits. Je n’ai eu que le temps de faire retomber sur moi le plateau de bois pendant que M. Darzac se sauvait dans le Château Neuf… Mais quand vous fûtes couché, après votre expérience de la barbe, il revint me voir et nous étions assez embarrassés. Si, par hasard, vous parliez de cette aventure, le lendemain matin, à l’autre M. Darzac, croyant avoir affaire au Darzac du Château Neuf, c’était une catastrophe. Et, cependant, je ne voulus point céder aux prières de M. Darzac qui voulait aller vous dire toute la vérité. J’avais peur que, la sachant, vous ne pussiez assez la dissimuler pendant le jour suivant. Vous avez une nature un peu impulsive, Sainclair, et la vue d’un méchant vous cause, à l’ordinaire, une louable irritation qui, dans le moment, eût pu nous nuire. Et puis, l’autre Darzac était si malin!… Je résolus donc de risquer le coup sans rien vous dire. Je devais rentrer le lendemain ostensiblement au château dans la matinée… Il fallait s’arranger, d’ici là, pour que vous ne rencontriez pas Darzac. C’est pourquoi, dès la première heure, je vous envoyai pêcher des palourdes!

— Oh! je comprends!…

— Vous finissez toujours par comprendre, Sainclair! J’espère que vous ne m’en voulez point de cette pêche-là qui vous a valu une heure charmante de Mrs. Edith…

— À propos de Mrs. Edith, pourquoi prîtes-vous le malin plaisir de me mettre dans une sotte colère?… demandai-je.

— Pour avoir le droit de déchaîner la mienne et de vous défendre de nous adresser, désormais, la parole, à moi et à M. Darzac!… Je vous répète que je ne voulais point qu’après votre aventure de la nuit, vous parlassiez à M. Darzac!… Il faudrait pourtant continuer à comprendre, Sainclair.

— Je continue, mon ami…

— Mes compliments…

— Et cependant, m’écriai-je, il y a encore une chose que je ne comprends pas!… La mort du père Bernier!… Qui est-ce qui a tué Bernier?

— C’est la canne! dit Rouletabille d’un air sombre… C’est cette maudite canne…

— Je croyais que c’était le plus vieux grattoir…