Je me retournai au bruit qu’il fit. Il était debout; il paraissait très calme; il avait cette figure soudainement rassérénée de ceux qui viennent de remporter une grande victoire intérieure.

«Sainclair, il faut nous en aller, maintenant… Allons-nous-en, mon ami!… Allons-nous-en!…»

Et il quitta le parloir sans même regarder derrière lui. Je le suivais. Dans la rue déserte où nous parvînmes sans avoir été remarqués, je l’arrêtai et je lui demandai, anxieux:

«Eh bien, mon ami… Avez-vous retrouvé le parfum de la Dame en noir?…»

Certes! il vit bien qu’il y avait dans ma question tout mon coeur, plein de l’ardent désir que cette visite aux lieux de son enfance lui rendît un peu la paix de l’âme.

«Oui, fit-il, très grave… Oui, Sainclair… je l’ai retrouvé…»

Et il me montra la lettre de la fille du professeur Stangerson. Je le regardais, hébété, ne comprenant pas… puisque je ne savais pas… Alors, il me prit les deux mains et, les yeux dans les yeux, il me dit:

«Je vais vous confier un grand secret, Sainclair… le secret de ma vie et peut-être, un jour, le secret de ma mort… Quoi qu’il arrive, il mourra avec vous et avec moi!… Mathilde Stangerson avait un enfant… un fils… ce fils est mort, est mort pour tous, excepté pour vous et pour moi!…»

Je reculai, frappé de stupeur, étourdi, sous une pareille révélation… Rouletabille, le fils de Mathilde Stangerson!… Et puis, tout à coup, j’eus un choc plus violent encore… Mais alors!… Mais alors!… Rouletabille était le fils de Larsan!

Oh!… Je comprenais, maintenant, toutes les hésitations de Rouletabille… Je comprenais pourquoi, ce matin, mon ami, dans sa prescience de la vérité, disait: «Pourquoi n’est-il pas mort? S’il est vivant, moi, j’aimerais autant être mort!»