— Je travaille au charbon.»
Et sa menotte, s’étant engouffrée dans le sac, en sortit avec un énorme morceau de charbon.
Le jus de l’orange avait coulé sur la guenille de sa jaquette. Cette guenille avait une poche. Le petit sortit de la poche un mouchoir inénarrable et, soigneusement, essuya sa guenille. Puis il remit avec orgueil son mouchoir dans sa poche.
«Qu’est-ce que fait ton père? demandai-je.
— Il est pauvre.
— Oui, mais qu’est-ce qu’il fait?»
Le pêcheur d’oranges eut un mouvement d’épaules.
«Il ne fait rien, puisqu’il est pauvre!»
Mon questionnaire sur sa généalogie n’avait point l’air de lui plaire.
Il fila le long du quai et je le suivis; nous arrivâmes ainsi au «gardiennage», petit carré de mer où l’on tient en garde les petits yachts de plaisance, les petits bateaux bien propres d’acajou ciré, les petits navires d’une toilette irréprochable. Mon gamin les considérait d’un oeil connaisseur et prenait à cette inspection un vif plaisir. Une embarcation jolie, toute sa voile dehors — elle n’en avait qu’une — accosta. Cette voile était immaculée, gonflait son albe triangle, éclatant dans le radieux soleil.