Mrs. Edith avait raconté son aventure d’une façon si délicieuse et avec tant de charme emprunté à une littérature falote et enfantine que j’en fus tout bouleversé et que je compris combien certaines femmes qui n’ont rien de naturel peuvent l’emporter dans le coeur d’un homme sur d’autres qui n’ont pour elles que la nature.
Le prince ne parut nullement embarrassé de cette petite histoire. Il dit, sans sourire:
«Ce sont mes trois fées. Elles ne m’ont jamais quitté depuis que je suis né au pays de Galitch. Je ne puis travailler ni vivre sans elles. Je ne sors que lorsqu’elles me le permettent et elles veillent sur mon labeur poétique avec une jalousie féroce.»
Le prince n’avait pas fini de nous donner cette fantaisiste explication de la présence des trois vieilles aux jardins de Babylone, que Walter, le valet du vieux Bob, apporta une dépêche à Rouletabille. Celui-ci demanda la permission de l’ouvrir, et lut tout haut:
«— Revenez le plus tôt possible; vous attendons avec impatience. Magnifique reportage à faire à Pétersbourg.»
Cette dépêche était signée du rédacteur en chef de l’Époque.
«Eh! qu’en dites-vous, monsieur Rouletabille? demanda le prince; ne trouvez-vous point, maintenant, que j’étais bien renseigné?»
La Dame en noir n’avait pu retenir un soupir.
«Je n’irai pas à Pétersbourg, déclara Rouletabille.
— On le regrettera à la cour, fit le prince, j’en suis sûr, et permettez-moi de vous dire, jeune homme, que vous manquez l’occasion de votre fortune.»