— Oui, me répliqua-t-il, je le crains.

— Vous le craignez? Pourquoi le craignez-vous?…

— Parce que, fit-il d’une voix blanche que je ne lui connaissais pas encore, PARCE QUE LA MORT DE LARSAN, LEQUEL SORT MORT SANS ÊTRE ENTRÉ NI MORT NI VIVANT, M’ÉPOUVANTE PLUS QUE SA VIE!»

XIII
Où l’épouvante de Rouletabille prend des proportions inquiétantes

Et c’est vrai qu’il était littéralement épouvanté. Et je fus effrayé moi-même plus qu’on ne saurait dire. Je ne l’avais jamais encore vu dans un état d’inquiétude cérébrale pareil. Il marchait à travers la chambre d’un pas saccadé, s’arrêtait parfois devant la glace, se regardait étrangement en se passant une main sur le front comme s’il eût demandé à sa propre image: «Est-ce toi, est-ce bien toi, Rouletabille, qui penses cela? Qui oses penser cela?» Penser quoi? Il paraissait plutôt être sur le point de penser. Il semblait plutôt ne vouloir point penser. Il secoua la tête farouchement et alla quasi s’accroupir à la fenêtre, se penchant sur la nuit, écoutant la moindre rumeur sur la rive lointaine, attendant peut-être le roulement de la petite voiture et le bruit du sabot de Toby. On eût dit une bête à l’affût.

… Le ressac s’était tu; la mer s’était tout à fait apaisée… Une raie blanche s’inscrivit soudain sur les flots noirs, à l’Orient. C’était l’aurore. Et, presque aussitôt, le Vieux Château sortait de la nuit, blême, livide, avec la même mine que nous, la mine de quelqu’un qui n’a pas dormi.

«Rouletabille, demandai-je presque en tremblant, car je me rendais compte de mon incroyable audace, votre entrevue a été bien brève avec votre mère. Et comme vous vous êtes séparés en silence! Je voudrais savoir, mon ami, si elle vous a raconté «l’histoire de l’accident de revolver sur la table de nuit»?

— Non!… me répondit-il sans se détourner.

— Elle ne vous a rien dit de cela?

— Non!