Chose curieuse, c'est sur la demande même de la jeune fille que Rouletabille avait cherché cette retraite. Ivana semblait se désintéresser de l'armée, même la fuir, dans un moment où sa présence eût pu être utile dans les ambulances. Enfin, elle avait recommandé à Rouletabille de ne point donner son adresse au général Savof si celui-ci ne la lui demandait pas. S'il la lui demandait, il ne pourrait la lui refuser, mais alors il devrait en avertir Ivana sur-le-champ.

—Pour changer de domicile?

—Oui, avait-elle répondu nerveusement, pour changer de domicile!

Sur quoi elle s'était mise à se promener avec une agitation telle dans la petite salle qui lui avait été réservée, que Rouletabille, la plaignant et la croyant en toute sincérité sur le point de devenir folle, ne voulut pas la quitter.

Il resta pour la surveiller et pour rédiger ses télégrammes, et il envoya Tondor chercher Vladimir et La Candeur, lesquels arrivèrent la figure fort allumée et reçurent la mission de trouver le général Dimitri Savof.

A la tombée de la nuit, Rouletabille se promenait, le front soucieux, devant la porte du kiosque d'où Ivana n'était pas sortie, de toute la journée. Il n'avait échangé avec elle que des paroles insignifiantes et s'était replongé dans une correspondance qu'il lui avait été du reste impossible d'expédier, le général Dimitri ayant répondu à Vladimir qu'il avait reçu des ordres supérieurs lui recommandant de garder le plus grand secret autour des batailles de Pétra, Seliolou et Demir-Kapou, victoires qui ne devaient être connues, dans leur détail, que plus tard.

A cause de cela et de bien d'autres choses, Rouletabille était donc fort morose quand il fut abordé par l'ombre énorme du bon La Candeur qui le prit amicalement sous le bras.

—Viens, lui dit le géant, je vais te montrer quelque chose…

—Quoi?…

—Tu vas voir… c'est très curieux!…