—Est-ce que je sais, moi? Ce Priski de malheur nous a dit qu'aussitôt qu'elle aurait lu cette lettre, mademoiselle te quitterait.

—Misérable! rugit Rouletabille, et c'est pour cela que tu t'es fait son complice! Ah! je comprends ton attitude maintenant, tes manières! tes réticences! tes remords!… La Candeur, tu n'es plus mon ami! Il n'y a plus de La Candeur pour moi, je ne te connais plus!…

—Grâce! sanglota La Candeur éperdu, en s'affalant sur le carreau!

Mais Ivana eut vite mis fin à cette scène pathétique. Elle tendit, toujours avec son désolé sourire, la lettre à Rouletabille.

—Mais cette lettre est en turc! dit Rouletabille; traduisez donc,
Vladimir…

C'était une lettre de Kasbeck:

«Madame, j'ai su, par Kara-Selim lui-même, le prix que vous attachiez à votre coffret de famille puisque, pour rentrer en sa possession, vous n'avez pas hésité à accepter de vous unir au bourreau de votre père, de votre mère et de votre oncle… Ayant pu, moi-même, après la disparition de Kara-Selim approcher le précieux objet, j'en ai découvert tout le mystère, je vous le renvoie vide! Mais je conserve par devers moi tous les papiers que j'ai trouvés dans le tiroir secret. Je vous les garde intacts, dans leurs enveloppes et avec leurs cachets, persuadé que vous aurez une grande joie à les venir chercher vous-même. Je vous attends d'ici le 27 octobre au plus tard à Dédéagatch.»

A cette lecture, Rouletabille éclata d'un furieux éclat de rire qui faisait bien mal à entendre.

—Trop tard, le tonnerre! s'écria-t-il.

—Oui, dit simplement Ivana, et elle rentra dans sa chambre.