—Le malheur, monsieur, exprima le général sur un ton de plus en plus grave, est que ces plis ne contenaient point seulement nos plans de mobilisation et d'attaque…

—Quoi donc encore, général? demanda Rouletabille, de plus en plus agité et effrayé du tour que prenait la conversation.

—Certains de ces plis, reprit Stanislawoff, renferment les indications les plus précises sur notre système d'espionnage militaire tant en Thrace et en Macédoine qu'à Constantinople même. Le pis est que le nom et l'adresse de nos espions à Constantinople s'y trouvent en toutes lettres avec le chiffre de la correspondance qui nous permet de communiquer avec eux!

Rouletabille s'était levé.

—Oh! fit-il, nous ne savions point cela!…

—Si ces plis ont été ouverts par nos ennemis, c'est non seulement, pour nous, la nécessité de reconstituer sur de nouvelles bases un nouveau système d'espionnage, ce qui nous occasionnerait bien de l'embarras en ce moment, mais encore c'est la mort, c'est l'éxécution certaine pour une vingtaine de serviteurs dévoués que nous entretenons à Constantinople!

Cette perspective n'avait pas l'air de jeter Rouletabille dans un désespoir sans bornes. Il ne pensait toujours, dans ce nouvel imbroglio, qu'à Ivana…

—Général! interrompit-il, que vous a dit Mlle Vilitchkov quand vous lui avez appris cela?

—Elle s'en est montrée d'abord aussi effrayée que moi, et puis elle a paru reprendre ses esprits et m'a dit qu'il ne dépendait que d'elle que ces documents rentrassent en notre possession d'ici à quelques jours sans que l'ennemi en ait eu connaissance. Elle savait où se trouvaient les plis et ne doutait point qu'on ne les lui remît si elle allait les chercher elle-même!

—Ah! mon Dieu, s'écria Rouletabille… c'est bien cela! c'est bien cela!… Oh! c'est affreux, général!… et alors?…