Aussitôt arrivés à Dédéagatch, les trois reporters, M. Priski et Tondor se séparèrent pour chercher au plus vite Kasbeck et Ivana, mais ils acquirent bientôt la certitude qu'ils étaient partis la veille de l'hôtel de la Mer-Égée, avec une suite composée de quelques cavaliers albanais et qu'ils avaient pris, à travers la campagne, le chemin de Salonique.

Le chemin de fer n'avait pas encore été coupé, mais il allait l'être et, en attendant, il servait uniquement aux mouvements des troupes. Kasbeck n'avait pu le prendre et Rouletabille en conçut quelque espoir, mais il dut bientôt se rendre compte de l'impossibilité où il allait être lui-même non seulement de prendre le chemin de fer, mais encore de suivre la route de Kasbeck. Sans compter que Kasbeck avait plus de trente-six heures d'avance sur lui, des reporters français ne manqueraient point d'être arrêtés à chaque instant et d'être retenus par tous les détachements ottomans qu'ils rencontreraient sur leur chemin. Ne voyaient-ils point déjà de quelles tracasseries on encombrait leur liberté, trop relative hélas!

Pendant ce temps, Kasbeck continuait tranquillement sa marche avec Ivana vers le harem de la villa Allatini!

Sur les quais du port, où il lui fut impossible de trouver le moindre petit bateau qui consentît à tenter l'aventure du voyage de Salonique, Rouletabille se rongeait les poings.

Tout à coup, il se tourna vers La Candeur:

—Vite, les chevaux!…

—Où allons-nous?…

—A Constantinople!…

—A Constantinople? Mais nous tournons le dos à Salonique! Et Ivana?…

—Mon vieux, expliqua rapidement Rouletabille en entraînant La Candeur, puisque nous ne pouvons aller au-devant d'Ivana, c'est Ivana qui viendra au-devant de nous!