Il emmène avec lui son fidèle reporter La Candeur et un jeune Slave très débrouillard mais d'une moralité assez relâchée qui s'appelle Vladimir. Un cousin d'Ivana les accompagne également: C'est Athanase Khetew qui, lui aussi, voudrait bien sauver sa cousine qu'il aime au moins autant que peut l'aimer Rouletabille et pour l'amour de laquelle il voudrait bien aussi tuer l'affreux Gaulow. Quant à Rouletabille et à Athanase, ils ne s'aiment guère mais sont assez sages pour contenir leur animosité réciproque.
Toute la bande arrive au Château Noir, où les attendent les aventures les plus extraordinaires, dans le moment que Kara-Selim célèbre ses noces avec sa captive Ivana. Ils se donnent pour des journalistes égarés et se mettent immédiatement à l'ouvrage. Ils n'ont pas une heure à perdre. Ivana consent à être la femme de Gaulow, l'assassin de ses parents, pour rentrer en possession du coffret de famille dans lequel se trouvent les plans de mobilisation. Il faut donc que les jeunes gens sauvent, à la fois, Ivana et ravissent le coffret.
Au milieu des fêtes somptueuses qui sont données à la Karakoulé, Rouletabille accomplit des exploits surhumains. Il réussit à emporter Ivana jusqu'au fond du donjon où les reporters se barricadent. Entre temps, bien qu'il n'ait pas pu s'approprier le coffret byzantin, Rouletabille en a deviné le secret et a pu constater que les plis précieux y sont toujours et que nul encore n'y a touché; aucun pomak n'en soupçonne même la présence. Athanase reçoit de Rouletabille la mission d'aller porter cette formidable nouvelle aux armées du général Stanislawoff, lesquelles, dès lors, pourront descendre, en toute sécurité, à travers les montagnes de l'Istrandja, sur Kirk-Kilissé.
Athanase jure de réussir dans sa difficile entreprise et de revenir, avec ses compagnons d'armes, délivrer Ivana et les journalistes français. Avant de se sauver du donjon où les reporters sont retranchés, il est parvenu à capturer Gaulow qu'il a remis aux bons soins d'Ivana, laquelle a fait le serment sur les mânes de ses parents de le tuer de sa propre main.
Les jeunes gens subissent un siège des plus violents, aux péripéties tragico-comiques et qui se termine de la façon la plus singulière du monde. Ivana non seulement n'a pas tué Gaulow, qu'elle prétend garder comme otage, mais Rouletabille la surprend au moment où elle fait évader le monstre… et cela, à la minute même où Gaulow allait recevoir le châtiment de ses crimes, où les armées conduites par Athanase Khetew apparaissent à l'horizon!…
Quel est donc cet affreux mystère?… Rouletabille ne peut imaginer qu'Ivana aime cet homme qui a assassiné les siens et qui avait juré la perte de son pays?… Alors?… Alors?… Alors, il faut agir… on réfléchira en agissant… Les bandits de la Karakoulé, à l'approche des armées, se sont enfuis, Gaulow, lui aussi, s'est enfui… Ivana, sous prétexte de rattraper Gaulow, a enfourché un cheval et court derrière Gaulow… Ivana ne se doute pas que Rouletabille a été témoin de son infamie, l'a vue dérouler elle-même la corde au bout de laquelle se balançait Gaulow, délivré par elle!…
Rouletabille se jette à son tour à cheval et court derrière Ivana. Les reporters et leur domestique Tondor courent derrière Rouletabille… telle est la situation très nette et cependant très incompréhensible pour qui a connu Ivana, dans le moment que nous tombons en plein dans la chevauchée des reporters.
Rouletabille grince entre ces dents: «Elle court rejoindre Gaulow!…
«…Ah! tu as beau aller vite, va, traîtresse, je ne te lâcherai pas!…
Moi aussi, je serai au rendez-vous… Et je verrai bien de mes yeux ce que
tu vas en faire, de ton Gaulow!»
Ce qu'elle en ferait? Elle le lui avait dit; oui, avant d'enfourcher son cheval, elle avait eu l'effronterie de lui crier, à lui, à lui qui avait vu la chose énorme, elle avait eu le cynisme de lui jurer qu'elle voulait, de sa propre main, offrir à sa patrie, comme première victime expiatoire, la tête de Gaulow!… Comment ne lui avait-il pas éclaté de rire au nez? Comment n'avait-il pas craché au visage de cette petite fille barbare, sanguinaire et menteuse…
Comment avait-il eu le courage de retenir la généreuse fureur qui gonflait ses veines de jeune amant bafoué et d'ami trahi jusqu'à la mort, car de cette trahison ils avaient failli tous mourir!… Comment?… Pourquoi ne lui avait-il pas dit: «J'ai vu!… Tais-toi!… J'ai vu!… je t'ai vu le sauver de tes mains, et si tu cours après lui c'est pour tomber dans ses bras?» Oh! d'abord simplement parce qu'elle ne lui en avait pas laissé le temps; ensuite parce qu'il était vraiment curieux de voir jusqu'où pouvait aller Ivana dans le mensonge et dans le crime!… Et puis aussi, parce que, le coeur plein de rage, il rêvait à son tour d'une vengeance ou tout au moins de quelque juste châtiment!…