Il paraissait en effet s'intéresser beaucoup aux objets qui se trouvaient dans ce cabinet… Sur une table, il y avait des papiers, des cachets, de la cire… Fureteur, il jeta un coup d'oeil sur tout cela… allongea la main, puis sembla réfléchir, ne prit rien et redressa vivement la tête à un bruit d'argenterie qui venait de la salle à côté.
Il y courut.
C'était Vladimir qui vidait un tiroir.
Il le gronda fortement, cependant que l'autre réclamait le droit d'emporter «un petit souvenir».
—Mon Dieu, acquiesça Rouletabille, un petit souvenir, je veux bien! Mais vous n'avez pas l'idée de vous faire monter en épingle de cravate ces cuillers à pot en argent et ces louches en vermeil?… Venez par ici!… Je ne veux pas vous laisser seul avec l'argenterie… Regardez dans ce cabinet… Peut-être y trouverez-vous quelque objet sans valeur!…
Vladimir alla tout droit au bureau… Il vit les papiers, les blancs-seings, les cachets…
Peu scrupuleux, il se jeta là-dessus, rafla le tout, malgré les protestations de Rouletabille:
—Malheureux, que faites-vous là?…
—Ce que je fais là?… répliqua tranquillement Vladimir. Mais simplement mon devoir!… Si nous avons besoin un jour de «laissez-passer» et de blancs-seings pour nous promener parmi les armées turques, en admettant qu'il en reste encore, nous serons très heureux d'avoir la signature et le cachet du général en chef!…
—Je ne vous dis pas le contraire, Vladimir, répondit en hochant la tête Rouletabille, mais il faut qu'il soit bien entendu que ceci s'est passé en dehors de moi!… Moi, j'ai des responsabilités, je représente ici la presse française qui ne doit user que d'honnêtes procédés… Vous, vous êtes Vladimir de Kiew, vous pouvez prendre sur les tables et même dans les tiroirs tout ce qu'il vous plaît, ça n'étonnera personne!… Maintenant, allons-nous-en d'ici!… ajouta-t-il… Nous n'avons plus rien à y faire!…