Peu de temps après la visite de la marquise, Mme de Graffigny, encouragée par l'éclatant succès de Cénie et poussée aussi par le besoin de gagner quelque argent, présenta une nouvelle pièce au théâtre français: la Fille d' Aristide. Elle crut faire présent aux comédiens d'un véritable trésor.

C'est Collé qui fut chargé de lire la pièce; elle fut reçue à l'unanimité pour être jouée après le retour de Fontainebleau. L'auteur voulait garder l'incognito, mais Mlle Gaussin reconnut le style et Mme de Graffigny dut se déclarer.

«Autant qu'on peut juger une pièce de théâtre sur le papier, écrivait Collé, je parierais que celle-ci aura un grand succès.»

C'était montrer peu de perspicacité. La Fille d'Aristide fut jouée le 29 avril 1758. La pièce était froide, sans intérêt et ne fit aucun effet; elle tomba piteusement.

Collé se vengea de s'être si lourdement trompé en écrivant: «J'ai été d'un aveuglement qui me démontre bien que je n'entends rien aux pièces de ce genre et qui prouve que, quelque habitude qu'on ait du théâtre, on ne peut bien juger d'une pièce qu'au théâtre même; le jour et la nuit ne sont pas plus différents que la lecture et la répétition.»

Voisenon, de son côté, disait: «Mme de Graffigny me lut sa pièce, je la trouvai mauvaise, elle me trouva méchant. Elle fut jouée, le public mourut d'ennui et l'auteur... de chagrin.»

C'est effectivement ce qui arriva.

La pauvre femme éprouva de son échec un véritable désespoir. Naturellement on fut sans pitié pour elle et ses confrères et rivaux ne lui ménagèrent pas les sarcasmes.

On eut la cruauté de lui envoyer ces vers:

Bonne maman de la gente Cénie,