«Monsieur l'abbé, prenez garde à vous! le moindre petit degré de chaleur de plus dans votre existence vous changerait en salamandre, et dans votre état, il faut quelquefois être carpe.

«Cher Panpan, ne craignez point ce feu liquide qui ne peut embraser votre maison, ni changer Popole en statue de sel.

«Aimez-moi tous les trois, plaignez-moi de n'être pas avec vous; j'écrirai de Versailles bien exactement, et si vous voulez rafraîchir mon foie desséché par votre absence, écrivez un peu au Tressanius, qui recevra vos lettres comme le chasseur de Lybie étendu sur l'arène brûlante ouvre son sein au vent du nord.....

«Mme de Tressan et Marichou prient bien tendrement Mme la marquise d'être bien persuadée qu'elles sont pénétrées des marques de bonté et d'amitié dont elle les a comblées.

«Avouez qu'il faut être bien épris pour écrire si longtemps avec une aussi mauvaise plume et de si mauvais papier. Épris, c'est le mot; ce sera toujours mon état auprès de vous. Tout ce qui m'en afflige, c'est que la plus aimable de mes amies n'ait jamais goûté un instant tout le plaisir que cet état m'a donné, me donne et me donnera.

«Il faudra m'écrire à Versailles chez le duc de la Vauguyon et surtout me mander la marche de la dame de mes pensées».

Soit que la vie de Plombières lui donne des loisirs, soit que l'éloignement la rende moins cruelle, Mme de Boufflers répond très aimablement à son correspondant; elle paraît même s'intéresser à son sort; entre temps, elle lui donne des nouvelles de leurs amis communs:

«Plombières, lundi.

«Vous avez beau dire, mon cher Tressanius, Mme Baron est très aimable et Mlle Baron est belle; Panpan dit aussi que M. Baron est beau, et il faut l'en croire. Vous êtes assez aimable de m'avoir écrit, car personne ne s'en avise; mais vous le serez davantage quand vous me manderez des nouvelles.

«Je ne saurais croire que vous ne tirez aucun fruit de votre voyage. Avez-vous vendu vos chevaux, et le roi de Prusse est-il aussi écrasé que nous le désirons? Tous les Anglais sont-ils pendus ou noyés?