Mais que va dire l'abbé Porquet? Au plaisir de voir son élève monter si haut ne se mêlera-t-il pas une pointe de jalousie? Et puis est-il d'un bon exemple de placer le précepteur dans un état d'infériorité vis-à-vis de son élève? Stanislas, dans sa sagesse, trouve le moyen de tout concilier. Porquet est un homme de goût, il cultive les lettres, il sera nommé académicien le même jour que Boufflers. Ainsi en décide le Roi, non pas sans opposition.

L'abbé de Choiseul, en effet, fait les plus vives objections; il soutient entre autres que les fonctions de précepteur sont inconciliables avec celles d'académicien; mais où a-t-il vu pareille incompatibilité? Du reste, Mme de Boufflers a décidé que Porquet serait de l'Académie. Qui oserait résister à la favorite?

On réunit en hâte la compagnie, on lui signifie les volontés du Roi. Boufflers et Porquet sont nommés à l'unanimité. Mais dans la même séance, et pour bien montrer que le règlement n'est pas un vain mot, M. de Champigneulles voit sa candidature résolument écartée parce qu'il ne remplit pas les conditions d'âge exigées.

Le 20 octobre 1758 les deux néophytes furent officiellement admis dans le cénacle. La séance fut magnifique. Le Roi était présent ainsi que Mme de Boufflers, Mme de Mirepoix, la marquise des Armoises, le chancelier, M. et Mme de Tressan, M. de Lucé, etc. Boufflers avait choisi comme sujet de son discours De l'éloquence.

Le président lui adressa quelques paroles de bienvenue et lui dit entre autres compliments:

«Vous vous êtes livré jusqu'à ce moment à l'étude des livres sacrés et de la théologie, parce que vous êtes né pour éclairer de vastes diocèses et pour être mis ensuite entre les premières colonnes de l'Église: honneurs qui sont la récompense due aux grands talents, lorsqu'ils sont soutenus d'un grand nom.»

A partir de ce moment, l'abbé de Boufflers assiste assidûment aux séances académiques; il prend souvent la parole et on l'entend aborder des sujets qui au premier abord paraissaient lui être peu familiers. Ne s'avise-t-il pas un jour de prononcer un long et pathétique discours sur les charmes de la vertu!

Les grandeurs, cependant, n'éblouissent pas Boufflers, car il a beaucoup d'esprit: son titre même d'académicien le laisse froid, il ne s'en soucie guère plus que de la théologie, et il continue plus que jamais à rimer à tort et à travers pour les jolies dames de la Cour, sans souci aucun de la morale et de la réserve qu'on était en droit de lui demander.

En décembre 1760, le jour de la Sainte-Catherine, il adresse à sa mère ce bouquet fort galant assurément, mais bien inquiétant sous la plume d'une future «colonne de l'Église», bien étonnant dans la bouche d'un fils:

Votre patronne, au lieu de répandre des larmes,