«J'écris au Roi.»
On pourra trouver que l'archevêque de Toulouse et l'évêque de Condom donnaient au jeune séminariste de singuliers conseils, mais les deux prélats ne brillaient pas par leur orthodoxie et ils étaient loin d'offrir l'exemple de toutes les vertus. Si l'on veut s'en convaincre, nous renvoyons le lecteur au chapitre du Duc de Lauzun où il est donné sur la vie de monseigneur Dillon de si curieux détails[ [93].
En arrivant dans la capitale, le jeune abbé n'était certes pas isolé; il y retrouvait une grande partie de sa famille, d'abord son oncle le prince de Beauvau, Tonton, comme il l'appelle; sa tante, la maréchale de Mirepoix; ses cousines de Caraman, de Cambis, les amies de sa mère, la maréchale de Luxembourg, Mme du Deffant, et tant d'autres. Tous naturellement allaient s'efforcer d'adoucir son sort et d'atténuer pour lui la rigueur du séminaire. Il n'eut bientôt que trop d'occasions de se distraire et de perdre de vue le but sérieux qu'il poursuivait.
Mme de Boufflers, de son côté, eut la faiblesse de céder à ses pressantes instances, et elle obtint du roi une lettre pour le directeur de Saint-Sulpice. Stanislas, invoquant des raisons de santé et aussi les pieuses dispositions du jeune abbé, pressait instamment le supérieur d'accorder quelque liberté à son ouaille et de la traiter avec indulgence. Le Père Couturier n'était pas homme à résister à la prière d'un monarque; il s'empressa de déférer aux vœux de Stanislas et la vie de Boufflers devint plus supportable. C'est à sa mère que l'abbé raconte cet heureux événement et il lui fait part en même temps des bonnes fortunes culinaires qui adoucissent son sort:
«Saint-Sulpice.
«La lettre du Roi est à merveille et elle a déjà produit un grand effet. Mme de Luxembourg a demandé aujourd'hui la permission de m'emmener pour quatre ou cinq jours à Villeroy et l'a obtenue. Ce petit voyage qui m'aurait paru très insipide autrefois, à la société de Mme de Luxembourg près, devient à présent une dissipation pour moi et me fera un très grand bien, en ce qu'il abrégera le temps qui doit s'écouler d'ici à votre retour.
«Je suis dans une inquiétude inexprimable que le prince ne retarde votre départ plus que vous ne comptez. Je n'ouvrirai dorénavant toutes vos lettres qu'en tremblant, de peur d'y trouver des contradictions à mes désirs.
«Que cela ne vous empêche pourtant point de m'écrire, car votre silence serait encore pire que les plus mauvaises nouvelles.
«J'ai fait depuis peu beaucoup de chansons que vous ne saurez qu'à votre arrivée et je ne vous enverrai aujourd'hui que ma correspondance avec le président Hénault. Il m'a envoyé une langue fourrée avec un couplet que voici. Je ne peux pas de même vous envoyer la langue, par la raison d'Arlequin:
Air De Blot