Ravi d'être débarrassé de cette soutane, qui était pour lui la tunique de Nessus, le jeune homme n'hésita pas une seconde sur le parti qui lui restait à prendre. Il alla trouver son oncle de Beauvau, et par son influence il obtint le grade de capitaine dans les hussards d'Esterhazy et un poste d'aide de camp à l'armée de Soubise. Il endossa sans plus tarder le dolman des hussards, qui lui allait à merveille; il était au comble de la joie, et il se montrait partout dans son nouvel uniforme.
Mais ce n'était pas tout pour Boufflers de quitter la soutane: il fallait encore garder les bénéfices qu'il tenait de la générosité du roi de Pologne. Il trouva le moyen de tout concilier en se faisant affilier à l'ordre de Malte, ordre à la fois religieux et militaire; grâce à lui, il put continuer à porter l'uniforme et en même temps conserver ses bénéfices. Il dut, il est vrai, faire vœu de célibat, ce qui lui importait peu, mais non de chasteté, ce qui lui importait beaucoup. Il obtint en outre le titre de prieur, avec le privilège d'endosser le surplis pardessus l'uniforme et d'assister dans ce bizarre accoutrement aux offices religieux.
L'abbé de Longeville subit donc une nouvelle transformation; il devint chevalier de Malte, d'où le nom de chevalier qui lui resta toute sa vie.
Dans sa joie exubérante, Boufflers éprouve le besoin de crier sa satisfaction sur les toits. Il l'éprouve d'autant plus que sa détermination a soulevé bien des critiques et que beaucoup le blâment. Il n'en fait que rire, et il riposte aux censeurs par une pièce de vers, intitulée l'Apostasie; mais elle est à ce point inconvenante qu'on n'en peut citer que la première partie:
Sur l'air: Eh! mais oui da, etc.
J'ai quitté ma soutane
Malgré tous mes parents;
Je veux que Dieu me damne
Si jamais je la prends.