Elles s'étaient fait accompagner d'un jésuite, leur confesseur. Cela permit au Père de Menoux de venir à plusieurs reprises sous le prétexte de visiter son confrère, mais en réalité pour faire sa cour aux petites-filles du Roi et s'efforcer de gagner leurs bonnes grâces; il y réussit parfaitement.

Mesdames, pendant leur séjour, distribuèrent d'abondantes aumônes, mais ce qui par-dessus tout souleva l'enthousiasme des habitants, c'est que tous les jours ils étaient admis à «l'ineffable bonheur» de regarder manger les princesses. Tant de bonté, de générosité «porta au comble la reconnaissance des Lorrains».

Le temps se passait fort agréablement à faire des parties champêtres et à visiter les environs, Luxeuil, le Val d'Ajol, Remiremont et son abbaye, etc.

Il avait été décidé que les princesses feraient deux cures successives et qu'elles iraient passer à Lunéville, près de leur grand-père, l'intervalle entre les deux saisons.

Le 13, la première saison étant terminée, elles partirent pour Lunéville, mais elles décidèrent de s'arrêter à Épinal, dont elles voulaient visiter l'abbaye.

En passant sur le pont d'Epinal, elles firent arrêter leur voiture afin de mieux admirer la belle cascade que forme à cet endroit la Moselle. A ce moment même les magistrats de la ville s'avancèrent respectueusement et ils offrirent aux princesses des lignes tout amorcées. C'est ainsi que de leur carrosse Mesdames purent se livrer au plaisir de la pêche. Le poisson comprenait si bien ce qu'il devait aux petites-filles du Roi qu'il vint de lui-même s'offrir aux hameçons et qu'en quelques instants, Mesdames eurent la satisfaction de prendre des carpes et des truites magnifiques.

Stanislas, dans son ravissement, se rendit au-devant des voyageuses jusqu'à trois lieues de la ville. Son aimable ingéniosité leur avait préparé d'agréables surprises. En traversant un bois, le cortège rencontra un char sur lequel se trouvait Diane, avec ses flèches et son carquois, entourée de douze nymphes galamment habillées. Une meute conduite par des piqueurs, qui sonnaient du cor, suivait le char.

Diane, s'approchant du carrosse royal, présenta à Mesdames différents gibiers en leur disant:

Diane de sa chasse, adorables Princesses,

Vous offre le tribut. Ah! que son sort est doux!