Entre temps, le chevalier poursuit ses succès artistiques, il peint, dessine, croque au pastel les plus jolies femmes de ses relations; Voltaire lui-même n'échappe pas à son spirituel crayon; le chevalier est si satisfait de son léger croquis qu'il l'adresse à sa mère:
«Décembre 1764.
«Je vous envoie pour vos étrennes un petit dessin d'un Voltaire pendant qu'il perd une partie aux échecs. Cela n'a ni force ni correction, parce que je l'ai fait à la hâte, à la lumière, et au travers des grimaces qu'il fait toujours quand on veut le peindre; mais le caractère de la figure est saisi et c'est l'essentiel. Il vaut mieux qu'un dessin soit bien commencé que bien fini, parce qu'on commence par l'ensemble et qu'on finit par les détails.
«Je continue à m'amuser beaucoup ici; je suis toujours fort aimé, quoique j'y sois toujours...
«J'ai peint ici une jolie petite femme de Genève, minaudière, avec un grand succès, et comme on la croyait fort difficile, tout le monde est à mes pieds pour des portraits; mais je suis fort las de ne pas vous voir au milieu des différents plaisirs que j'ai ici, pour céder aux instances qu'on me fait; j'ai beau m'amuser, vous me manquez partout; il me semble presque que tous mes plaisirs ont besoin de vous.
«Adieu, madame la marquise, il est deux heures, je meurs de sommeil, et je crois même que je vous endors par ma lettre.»
La marquise n'est pas une correspondante fidèle et elle laisse trop souvent sans réponse les charmantes épîtres de son fils, si bien que ce dernier se plaint de l'abandon dans lequel on le laisse:
«Janvier 1765.
«Vous jouez un peu le personnage de ggio muto dans notre correspondance; je dirais à quelque autre qu'elle n'en est pas moins aimable mais vous ne gagnez rien à vous faire prier; vous avez une avarice d'esprit qui n'est point pardonnable avec vos richesses. Je vois qu'il faudra bientôt que je retourne à Lunéville pour vous aider à m'écrire...
«Souvenez-vous de moi, madame, auprès de vous et auprès du Roi; dites-lui de ma part sur la nouvelle année: