[3] Comme nous l'avons vu dans notre précédent volume, le prince et la princesse de Craon étaient revenus en Lorraine en 1749, abandonnant leur vice-royauté de Toscane, pour prendre enfin un repos bien gagné.
Bien que les Lorrains fussent détestés en Toscane, M. et Mme de Craon avaient su, par leurs qualités personnelles, s'y créer une haute situation. Ils y tenaient un grand état de maison; la princesse recevait beaucoup, et malgré son âge, elle était encore si belle que le président des Brosses pouvait écrire: «Quoiqu'elle soit grand'mère d'ancienne date, en vérité, je crois qu'en cas de besoin, je ferais bien encore avec elle le petit duc de Lorraine.»
Si les Toscans n'aimaient pas les Lorrains, ils détestaient encore plus les Espagnols. «Un homme de beaucoup d'esprit, raconte encore de Brosses, me disait l'autre jour qu'il préférait les Lorrains aux Espagnols, parce que, dit-il, les premiers m'ôteront bien jusqu'à ma chemise, mais ils me laisseront ma peau (c'est à-dire ma liberté de penser), que m'arracheront les seconds, en ne me laissant pas le reste.»
[4] Comme bien des grands seigneurs de son époque, le prince de Craon était un lettré et ses souvenirs classiques lui revenaient avec à-propos. Se promenant un jour avec Stanislas au bois de Haye, il s'étonna des travaux immenses qu'on y exécutait pour combler les deux fonds, et il cita aussitôt au Roi ce passage d'Horace:
Valet ima summis mutare.
(Liv. 1, Od. 28.)
Stanislas charmé s'écria qu'il fallait élever une colonne sur le chemin et y graver ce passage.
[5] Voir la Cour de Lunéville, ch. XIX.
[6] Né à Paris en 1707, mort en 1780.
[7] M. de Bercheny était propriétaire de la terre de Luzancy, dont il restaura le château. Il était venu en France à la suite de la défaite de Rakoczy et il avait offert son régiment de hussards au Roi, qui le combla d'honneurs. En 1744, il fut nommé lieutenant-général.