Qu'il ne pourra vous en ôter.

Saint-Lambert ne fut pas moins heureux que son ami Panpan. Après avoir rempli quelques emplois subalternes il obtint, par l'influence de Mme de Boufflers et grâce à son amitié avec M. de Beauvau, le grade de capitaine dans le régiment des gardes lorraines, que commandait le prince. Lui aussi a donc ses entrées à la cour et il fait partie du petit cercle de la favorite.

Malgré son origine roturière, Saint-Lambert avait des prétentions à la noblesse, et avant de prendre le titre de marquis il voulait s'en donner les allures. Il apportait dans tous ses rapports un ton de froideur et même de hauteur qui lui donnait, il le croyait tout au moins, le ton et les manières d'un gentilhomme; il ne rendait guère d'hommages et se contentait d'accepter ceux qu'on lui offrait. Ce manège, cette réserve voulue pouvaient se retourner contre lui; elles le servirent grandement au contraire; on admira sa belle tenue; sa froideur devint de la distinction, sa hauteur de la noblesse, et on s'éprit pour sa personne d'une véritable engouement. Comme du reste il était jeune et fort joli garçon, il passa bientôt pour avoir des bonnes fortunes; cela seul suffit pour lui en attirer et il devint la coqueluche des belles dames de Nancy et de Lunéville.

Sa réputation littéraire contribue encore à le grandir; il compose des poésies qu'on s'arrache dans les salons; il rime des madrigaux pour les dames; Voltaire lui adresse des épîtres, on le proclame grand poète, il est célèbre. Il en profite pour faire tourner toutes les têtes et pousser sa fortune. Quelques-unes des premières productions du jeune poète sont fort jolies, et l'on s'explique l'enthousiasme qu'elles provoquaient, les espérances qu'elles faisaient naître dans les salons littéraires de Lunéville.

Une entre autres d'un tour facile, léger et railleur obtient le plus vif succès.

Saint-Lambert passe ses quartiers d'hiver chez des parents jansénistes, et c'est de là qu'il envoie à son ami le prince de Beauvau cette épître, où il se moque spirituellement du rigorisme étroit qui l'entoure:

A vivre au sein du jansénisme,

Cher prince, je suis condamné,

Et, des Muses abandonné,

Dans le vieux château de Ternai,