Il ne revint que vers quatre heures et demie, un instant avant l'agonie.
La reine avait à ce moment toute sa connaissance. Elle faisait remarquer que l'on sonnait l'agonie pour elle; elle se consolait elle-même, s'exhortait, se jetait de l'eau bénite; puis, peu à peu la faiblesse prit le dessus, on l'entendit encore prononcer ces mots: «Mon Dieu, vous m'avez donné une âme, ayez-en pitié, je la remets entre vos mains.»
Quelques instants après, à cinq heures et demie du soir, la princesse expirait. Elle était âgée de soixante-six ans.
Une heure avant de mourir, elle avait réclamé le testament qu'elle avait fait quelques années auparavant et elle le déchira. Elle se borna à recommander sa maison au roi de Pologne et à prier qu'on la fît enterrer sans l'ouvrir. Elle voulut être enterrée dans le cimetière commun, au milieu des pauvres, et elle demanda que ses obsèques eussent lieu sans luxe, ni pompe, ni oraison funèbre.
Si l'humilité de la reine la poussait à supprimer le vain appareil des funérailles, la dignité royale ne permettait pas de se conformer complètement à ses désirs: le lendemain de sa mort, elle fut exposée habillée d'une robe somptueuse, coiffée en dentelles et à visage découvert; puis, le soir, à huit heures et demie, elle fut portée en grande pompe à l'église de Bon-Secours, près de Nancy. Le funèbre cortège, composé d'un grand nombre de carrosses, partit de Lunéville à huit heures et demie du soir; des gardes avec des flambeaux l'escortaient. On n'arriva à Bon-Secours qu'à quatre heures du matin. Le corps de la reine fut enterré dans une chapelle.
Le roi confia l'exécution d'un mausolée à Nicolas-Sébastien Adam, le célèbre sculpteur de l'époque.
Stanislas, qui toute sa vie avait souffert du caractère de sa femme, ne manifesta pas de regrets superflus. On prétend même que son premier cri, en apprenant que la reine avait cessé de vivre, fut: «Me voilà donc libre pour le reste de mes jours après un esclavage de cinquante ans!» Il donna cependant quelques jours à un deuil de convenance et il se retira à Einville d'abord, puis à Jolivet.
Marie Leczinska, qui aimait beaucoup sa mère, éprouva un grand chagrin. Bien qu'il n'eût jamais témoigné beaucoup d'attachement à la reine Opalinska, Louis XV se montra convenable, et il ordonna que la cour prendrait le deuil pour six mois[ [112].
Stanislas conserva toute la maison de la reine. Il décida que les dames du palais feraient les honneurs, chacune à son tour, de l'appartement où se tenait la cour; c'était celui que la reine avait occupé.
Officiellement, cet arrangement subsista; mais, dans la réalité, ce fut Mme de Boufflers qui, désormais, tint la première place; c'est elle qui recevait les étrangers.