Saint-Lambert, de son côté, fait contre mauvaise fortune bon cœur, et il s'attache ouvertement à Mme du Châtelet, qu'il n'a prise d'abord que par dépit.

Après tout, c'était encore assez glorieux pour un petit poète de province d'enlever au plus grand génie du siècle une maîtresse bien-aimée.

Les amours de Mme du Châtelet et de Saint-Lambert sont bientôt troublées par les soucis que la santé du jeune officier donne à sa maîtresse. Il n'est toujours pas très robuste; un jour il tombe vraiment malade: il manque de se trouver mal, il a mal à la tête, il a des taches rouges sur le corps. Vite, on fait venir Castres, qui le saigne deux fois.

La pauvre marquise est affolée:

«Mon amour m'est bien cher, mais rien ne l'est vis-à-vis de l'inquiétude où je suis. Il faut que je vous voie ou que je meure.»

Dès qu'elle a une minute de liberté, elle court soigner l'amant chéri.

Quand il va mieux, ses inquiétudes ne sont pas moins vives; les petits billets se succèdent presque sans interruption; l'amour et la médecine s'y mélangent agréablement:

«Ne vous purgez pas trop.»—«N'abusez pas de votre appétit.»—«Buvez beaucoup de tisane.»—«La limonade ne vous convient peut-être pas en ce moment.»—«Je vous envoie du thé; noyez-vous-en; prenez-le très chaud et faites-le très léger; il ne vous échauffera pas et vous fera transpirer.»—«Voilà du bouillon pour prendre très chaud, après les eaux, une heure après.»

Puis, à chaque instant, ce sont des envois de livres pour distraire le convalescent, d'eau de Sedlitz pour le dégager, de bouillon, de perdreau, de poulet pour le réconforter! Enfin, comme la marquise pratique l'antisepsie, elle adresse au cher malade des pastilles pour «embaumer sa chambre et chasser le mauvais air»! Il faut d'abord «ouvrir les fenêtres, bien balayer, puis brûler une demi-pastille».

La Chevalier, Antoine passent leur vie à courir de l'appartement de la marquise à la chambre de Saint-Lambert et réciproquement; aussi sont-ils sur les dents. Quand ils n'en peuvent plus, c'est Panpan qui les remplace. Panpan est décidément né pour jouer les rôles de confident et il n'échappe pas à sa destinée. Il porte à son vieil ami Saint-Lambert les lettres, les paquets et au besoin le bouillon réparateur.