«Peut-être vous accoutumez-vous à vous passer de moi; peut-être coquetez-vous avec Mme de Thiange ou avec la Bouthillier?

«Si vous voyiez la conduite que j'ai ici, vous vous reprocheriez bien, je ne dis pas la moindre coquetterie, mais la moindre distraction.»

Elle se lance dans un véritable dithyrambe amoureux:

«Si je ne retrouve plus les yeux charmants qui font mon bonheur, si vous ne m'aimez plus, avec cette ardeur que la jouissance n'affaiblissait jamais, vous aurez empoisonné ma vie; mais si vous m'aimez comme vous savez aimer, vous serez bien heureux.

«J'ai essayé ma raison dans ce voyage-ci; j'en ai bien moins que je ne le croyais. Il m'est impossible d'exister sans vous, et, si vous ne venez pas à Paris cet hiver, mon existence sera bien douloureuse; et ce n'est pas la peine de vivre pour éprouver des privations si cruelles. J'ai aujourd'hui un dégoût de tout, qui va jusqu'au dégoût de moi-même; mais je songe que vous m'aimez peut-être encore et cela me rend du goût pour la vie.»

Mais survient, entre les deux dames, une tracasserie qui va mettre un peu d'aigreur dans leurs rapports.

Mme de Boufflers reçoit une lettre de Saint-Lambert et, aussitôt après l'avoir lue, elle la déchire avec soin. Mme du Châtelet qui a reconnu l'écriture est surprise, et le soupçon lui traverse l'esprit.

Le lendemain, Saint-Lambert écrit encore à Mme de Boufflers, mais cette fois une lettre ouverte qu'il charge la divine Émilie de remettre elle-même; dans cette missive, il ne craint pas de dire à la marquise qu'il l'aime à la folie et qu'elle lui permet sans doute de l'adorer toujours.

«Qu'est-ce que cela veut dire? Est-ce que cela est tolérable?» écrit Mme du Châtelet indignée.

«Vous m'avez ôté toute ma confiance en vous, vous m'avez trompée.