Avant de s'éloigner, il remit des cadeaux à tout son entourage. Les officiers qui l'avaient gardé reçurent une tabatière d'or avec son portrait; les exempts, une tabatière d'or, mais sans portrait.
Stanislas prit congé de sa fille le mardi 10 septembre et il reprit la route de la Lorraine. Il arriva à Lunéville le 13, impatiemment attendu par Mme de Boufflers et Mme du Châtelet.
CHAPITRE XX
(1748)
Séjour de la cour à Lunéville, du 15 septembre au 6 octobre.—Maladie de Voltaire.—La parodie de Sémiramis est interdite.—Correspondance avec Frédéric.—Séjour de la cour à Commercy du 6 au 17 octobre.—Aveux de Mme du Châtelet à Stanislas.—Querelles avec Mme de Boufflers.—M. du Châtelet est nommé grand maréchal des logis.—Voltaire surprend Saint-Lambert et Mme du Châtelet.—Colère du philosophe.—Explications avec la marquise.—Réconciliation générale.—Les Deux Amis.
Le premier soin de Stanislas, en arrivant, fut d'annoncer à Mme de Boufflers l'heureux succès de sa négociation: il avait obtenu pour elle, auprès de Mesdames, la place de dame d'honneur qu'elle désirait vivement. La marquise, ravie, s'empressa d'écrire trois lettres à Mesdames pour les remercier. Grand fut l'étonnement des princesses auxquelles Louis XV n'avait parlé de rien. Elles s'empressèrent d'aller porter leurs lettres au roi, qui se borna à leur répondre: «C'est vrai, j'ai promis une place auprès de vous, mais seulement quand il y aurait une vacance.»
Après son lamentable retour à Lunéville, Voltaire avait dû s'aliter et recourir à la science du célèbre Bagard.
Peu à peu cependant, à force de soins et de repos, son état s'améliore, et il entre en convalescence; le 4 octobre, on lui permet de se rendre à la Malgrange. Quelques jours plus tard, la cour part pour Commercy, et le poète est assez bien rétabli pour la suivre et s'y installer avec elle.
Malheureusement, à peine arrivé il reçoit des nouvelles qui le mettent hors de lui et le troublent au point de le rendre plus malade que jamais. Ses amis de Paris ne lui annoncent-ils pas en effet que les Italiens préparent une parodie de Sémiramis. Une parodie! Permettra-t-on ce crime de lèse-Voltaire? Le poète fait demander une audience immédiate au roi de Pologne. Le roi accourt à son chevet et écoute avec bienveillance ses doléances. Il est entendu que Voltaire écrira à la reine de France une lettre très forte, très touchante, pour solliciter sa protection, et Stanislas, de son côté, appuiera la supplique auprès de sa fille. La promesse d'une si haute protection calme un peu le malade qui rédige aussitôt sa lettre, et, dans son zèle, il n'hésite pas à faire appel en sa faveur à l'inépuisable bonté de la reine, et même à sa piété!
Comme deux protections valent mieux qu'une, Voltaire s'adresse en même temps à Mmes de Pompadour, d'Aiguillon, de Luynes, de Villars, à MM. de Maurepas, de Gèvres, de Fleury, au président Hénault, bref à l'univers entier.