Mme de Graffigny, Saint-Lambert, Devau, Desmarets étaient presque des personnages dans la petite cité de Lunéville; on citait leurs vers, leurs productions; on les considérait un peu comme des illustrations du pays; l'on fondait sur eux de grandes espérances, et tous les personnages marquants se trouvaient mis en relations avec eux.
Quand Voltaire, en 1735, vint à Lunéville pour fuir la persécution qui le menaçait en France, il y retrouva Mme de Richelieu[ [55]. Elle était intimement liée avec Mme de Graffigny, elle mena le poète chez son amie; il y rencontra les commensaux habituels, Devau, Saint-Lambert, Desmarets, etc. On devine l'accueil que reçut Voltaire. Cette société, où on ne le désignait que sous le nom de l'Idole, où on lui prodiguait l'encens sans ménagement, lui plut extrêmement. Il passa avec eux la majeure partie de son temps. Il poussa même la bienveillance jusqu'à dédier à Saint-Lambert une épître charmante en réponse à quelques vers respectueux que le jeune homme lui avait adressés. Suivant son habitude, il couvre de fleurs son jeune correspondant, tout en proclamant sa propre indignité.
Mon esprit avec embarras
Poursuit des vérités arides;
J'ai quitté les brillants appas
Des Muses, mes dieux et mes guides,
Pour l'astrolabe et le compas
Des Maupertuis et des Euclides.
Du vrai le pénible fatras
Détend les cordes de ma lyre;