Pour former un lien durable
Vous avez sans doute un secret;
Je l'envisage avec regret,
Et ce secret, c'est d'être aimable.
On peut supposer l'émoi qu'une épître si élogieuse devait causer dans la société de la petite ville et la gloire qui en rejaillissait sur Saint-Lambert.
La célèbre Clairon, avant de débuter à la Comédie-Française, séjourna également à Lunéville et elle fit partie de la troupe de comédie que Stanislas avait réunie dès la première année de son séjour en Lorraine; elle aussi pénétra dans le petit cénacle et elle se lia intimement avec Mme de Graffigny et ses amis. Panpan se permettait de lui donner des conseils, voire même de lui adresser des flatteries, ce qui lui valut un jour cette réponse dans une lettre commencée par Mme de Graffigny elle-même:
«Parlez donc, maître Boniface[ [56], excrément de collège, petit grimaud, barbouilleur de papier, rimeur de halles, fripier d'écrits, cuistre; vous êtes un temps infini à m'écrire pour ne me dire que des impertinences. Ah, vous aurez à faire à une seconde Mlle Beaumalles! Monsieur, plus d'éloges de votre part, car ce serait mortelle injure pour moi[ [57].»
Une des plus intimes amies de Mme de Graffigny, une des plus assidues dans le salon de l'aimable bas-bleu, était la jeune marquise de Boufflers.
La charmante femme n'avait pas été appréciée de la vieille reine comme elle aurait mérité de l'être. Pour être juste, il faut avouer qu'elle ne fut pas davantage appréciée de la cour et que les premières années de son séjour à Lunéville ne lui furent pas des plus douces.
Aussi, comme elle avait des goûts littéraires très prononcés, fut-elle heureuse de renouer connaissance avec Mme de Graffigny qu'elle avait vue si souvent à la cour de Léopold ou de la Régente, et de retrouver Saint-Lambert qui tant de fois avait partagé les jeux de son enfance. Elle fit la connaissance de Panpan, de Desmarets; elle trouva bientôt beaucoup de charme dans cette société jeune, gaie, cultivée; aussi chaque fois qu'elle quittait la campagne pour venir résider à Lunéville, aimait-elle à se rencontrer avec ses nouveaux amis et à passer de longues heures à causer littérature, ou à entendre la lecture de leurs œuvres.