Stanislas était trop indulgent pour ne pas fermer les yeux; et puis n'était-ce pas encore en réalité un hommage qu'on lui rendait et comment aurait-il pu trouver mauvais qu'on suivît si bien l'exemple qu'il donnait lui-même?

CHAPITRE X

Goûts littéraires et artistiques de Mme de Boufflers.—Sa société intime.—M. de Beauvau.—Mme de Mirepoix.—Mme Durival.—Le chevalier de Listenay.—Panpan.—Saint-Lambert.—L'abbé Porquet.

Mme de Boufflers avait un esprit fin, délicat, cultivé; elle rimait fort agréablement et elle possédait toutes les qualités qui peuvent faire jouir des belles-lettres et de la société d'hommes distingués. Elle n'était pas moins bien douée sous le rapport des arts: elle était excellente musicienne, jouait de la harpe à ravir, chantait de façon charmante; enfin, elle dessinait et peignait avec goût, et elle a laissé quelques pastels qui sont de petits bijoux.

Ces talents si variés, et dont elle était loin de faire parade, l'occupaient sans cesse et elle n'avait jamais un moment de loisir.

Le culte des lettres était pour elle un grand agrément et elle passait souvent des heures entières à composer une ode ou un sonnet. Elle était beaucoup trop nonchalante pour travailler sérieusement, et cependant elle écrivait des vers pleins de gaieté et d'esprit, et qui se faisaient eux-mêmes, «comme les boutons de fleurs qui s'épanouissent par la seule action de la sève». Mais ces pièces légères et fugitives n'étaient pas destinées à vivre plus d'une heure, et il est difficile de les apprécier aujourd'hui que l'à-propos a disparu.

Elle aimait à se juger elle-même, non sans malice, et se critiquait volontiers. Faisant allusion à son peu de goût pour les conversations inutiles et les bavardages mondains, elle envoyait un jour, à son frère de Beauvau, cette spirituelle chanson où, tout en plaisantant, elle se peignait elle-même beaucoup mieux peut-être qu'elle ne pensait:

Air: Sentir avec ardeur.

Il faut dire en deux mots