CHAPITRE X
1771

Retour de Mme de Boufflers en Lorraine.—Joie de tous ses amis.—La demeure de Panpan à Lunéville.—Mme Durival à Sommerviller.—La duchesse de Brancas et le château de Fléville.—L'abbé Quénard.—Cerutti.—Son intimité avec Panpan et Mme Durival.

Nous avons vu qu'en 1770 le départ de Mme de Lenoncourt pour la Lorraine avait inspiré à Mme de Boufflers de salutaires réflexions, et qu'elle avait même à ce moment cherché à trouver un logement à Lunéville près de son ami Panpan. Au commencement de 1771, la marquise, à bout de ressources, reprit ses anciens projets; il n'était que temps en effet de renoncer à la vie dangereuse et entraînante de Paris si elle ne voulait être réduite à la dernière misère. Elle décida donc qu'elle irait passer un an en Lorraine pour tâcher de refaire sa bourse et sa santé.

A cette nouvelle, Mme de Lenoncourt s'étonne, et comme elle connaît l'esprit changeant de son amie, elle écrit au Veau: «Ce parti serait si raisonnable que je ne puis y croire, votre marquise me désole, c'est bien elle qu'il faudrait envoyer au diable; je crois qu'elle irait plus volontiers qu'ici.»

Mme de Lenoncourt n'avait que trop raison de douter. Les résolutions de la marquise paraissaient irrévocables, lorsqu'on apprit tout à coup que ses projets encore une fois étaient complètement modifiés. Elle n'était pas la vraie coupable. A ce que raconte l'abbé Porquet, ses amies les plus intimes, émues d'une séparation qui les affligeait, tinrent un grand conseil chez Mme du Deffant, et là il fut décidé qu'elles viendraient en aide à Mme de Boufflers et qu'elles s'opposeraient par tous les moyens à un départ qui les désolait. La marquise, qui ne demandait qu'à se laisser convaincre, s'empressa de défaire tous ses paquets.

En apprenant ce brusque changement, Mme de Lenoncourt mande à son Veau:

«Par ma foi, votre marquise est bien folle. Elle ne viendra jamais à moins que les spectacles de Paris ne brûlent, que les princes ne meurent et que tous les jeux ne soient défendus. A tout moment j'ai envie de ne plus l'aimer...

«Je vous prédis que nous ne la reverrons que quand elle sera si bien ruinée qu'elle ne saura plus où donner de la tête; alors elle nous arrivera par le coche.

«Adieu, Panpichon.»

Peu de temps après ce départ manqué, tout était encore une fois remis en question. Soit que la marquise n'ait pas trouvé chez ses amies l'appui pécuniaire qu'elle espérait, soit pour toute autre cause, elle reprend ses projets de retraite et elle annonce à Panpan son arrivée prochaine.