«Le prince dit qu'il t'aime malgré tes défauts, tes vices et tes médecines; mais qu'il ne faut pas acheter de chevaux à cette réforme parce qu'elle n'est que des ruinés. Voyez s'il y aurait quelqu'un qui s'y connût et qui voulût se charger d'en acheter deux. Les miens font encore tout ce qu'on leur demande. Je crains que le Saint-Martin ne soit plus malade qu'eux; il me disait hier qu'il serait bien étonné s'il passait l'hiver.

«Si je le passe avec mon Veau, je lui promets qu'il n'aura pas la goutte, ni moi la crampe, et que je l'aimerai comme aujourd'hui.»

Panpan répond qu'il est tout prêt à aller à Fléville, mais il préfère s'y rendre directement et ne pas faire d'abord de séjour à Nancy. La duchesse pourrait se froisser de n'être pas seule l'objet de son voyage. Puis il raconte qu'il a eu une consultation du célèbre Majault, qui l'a trouvé en beaucoup meilleur état que lui-même ne se l'imaginait.

Mme de Boufflers lui répond:

«Nancy, ce 28 août.

«J'ai, je t'assure, une belle joie de cette visite de Majault, non que j'eusse besoin d'être rassurée, car je l'étais par tout le monde, et surtout par le sens commun.

«Dis moi un peu ce qui empêcherait Marianne de faire des confitures, et même des coetches ici? Elle a cent fois plus de raison que toi, et je conclus qu'il faut l'amener.

«Avez-vous reçu l'eau de Bourbonne hier par le carrosse?

«Voilà une maudite plume qui est pourtant la septième, mais rien ne va bien sans mon Veau.

«Convenez que je fais un beau sacrifice à la duchesse, ou plutôt à vous. Cependant je trouve qu'il ne faudrait pas lui passer ses petites délicatesses qui tiennent du despotisme. Le baron de Cutendre était plus raisonnable. Ne faudrait-il pas aussi nous priver de notre amie[ [100]? J'irai toujours la voir lundi et je regretterai mon Veau».