Quand l'amitié vous la présente

Comme un hommage embelli par l'amour[ [146].

CHAPITRE XVIII
1779-1781

Maladie du prince de Beauvau.—Il demande à Mme de Boufflers de venir le voir.—Panpan accompagne la marquise à Paris.—Agréable séjour dans la capitale.—Guérison de M. de Beauvau.—Réconciliation de Panpan et de Saint-Lambert.

En 1779 et 1781, les relations continuent à être incessantes entre Nancy, Lunéville, Fléville, Sommerviller. A la petite mais charmante société que nous connaissons se sont joints quelques nouveaux venus, M. de la Porte, intendant de Nancy, sa femme, Mme d'Hautefort, M. de Maulevrier, etc., etc.

L'intimité est extrême, on se voit presque journellement; les dîners, les soupers, les parties de comète, de trictrac, autant d'occasions de se réunir et de passer ensemble de douces heures. La distance n'est pas un obstacle; n'a-t-on pas des chevaux? Quant à l'ennui du déplacement, à la fatigue inévitable par le mauvais temps et les routes détestables, personne n'y songe. Tous sont vieux, surmenés, plus ou moins cacochymes, mais qu'importe quand il s'agit de se distraire et de se retrouver avec des amis chers!

Panpan est le seul qui continue à se montrer récalcitrant; certes, il accueille avec grand plaisir les amis qui le viennent voir, mais dès qu'il est question de quitter sa modeste retraite, il ne veut rien entendre, il reste insensible à toutes les séductions; Mme de Boufflers elle-même n'arrive pas à l'arracher à sa vie monotone et réglée.

La marquise, au contraire, a conservé vivaces et profonds tous les souvenirs du passé; elle est restée attachée à son vieil ami par toutes les fibres de son cœur. On sent dans sa correspondance combien elle l'aime, combien il est indispensable à sa vie; elle n'est jamais plus heureuse que quand il est auprès d'elle, et elle le lui avoue naïvement. Elle lui écrit sans cesse et lui confie ses joies, ses peines, tous les événements de sa vie.

«2 juin 1780.