Cerutti insiste auprès d'elle et lui rappelle ses engagements:
«Vous avez promis de venir passer quinze jours à Fléville, Mme de Brancas vous prie de tenir une promesse à laquelle elle attache un véritable prix... Le Veau beugle après vous, et moi je crie comme un aigle contre votre absence.»
Mais Mme Durival résiste aux plus pressantes instances. Son ami mécontent lui écrit sévèrement: «Vous vous étiez engagée à venir, mais vous promettez par sensibilité et vous vous dispensez par inconstance. La mobilité extrême de votre génie qui le rend si aimable, le rend quelquefois un peu léger.»
Cependant Fléville est toujours un séjour enchanteur. Non seulement l'on y voit réunie toute l'aimable société que nous connaissons, mais c'est le seul endroit de la Lorraine où l'on trouve quelque fraîcheur pendant l'été; «on ne voit plus d'herbe qu'ici,» écrit Mme de Lenoncourt; partout ailleurs «l'on brûle et l'on dessèche». Le salon est frais «comme un souterrain», quand Mme de Brancas du moins ne s'avise pas de tenir les fenêtres ouvertes aux heures les plus chaudes de la journée.
Au mois d'août, les hôtes du château organisent des divertissements variés pour fêter dignement l'anniversaire de la duchesse qui est le 25, jour de la Saint-Louis. Mme Durival, qui s'est enfin décidée à rejoindre ses amis, prépare en secret une grande représentation dramatique; on répète une comédie de Lantier, l'Impatient. Cerutti joue le rôle du Magister, Mme Durival celui de l'Impatient. Costumes, décors, tout est l'œuvre de la châtelaine de Sommerviller. On a réservé à Panpan une mission des plus importantes; c'est lui qui est chargé d'annoncer la pièce. Il remplit en outre les fonctions de souffleur, et de ces deux rôles il se tire fort brillamment.
Dès que le rideau est levé, le Veau s'avance sur le devant de la scène et lit ce prologue de sa composition:
J'ai vu Voltaire, à Sceaux, d'une illustre princesse
Égayer la retraite et les amusements:
Heureux, si nous pouvions, Madame la duchesse,