Après ces brillantes réjouissances, les hôtes de Fléville se séparent et chacun regagne ses pénates. Au mois d'octobre la duchesse rentre à Paris, toujours accompagnée du fidèle Cerutti.

Mais le séjour dans la capitale est loin d'être favorable à l'ancien jésuite; les premiers froids l'éprouvent cruellement. C'est à Mme Durival qu'il confie les ennuis qu'il éprouve dans sa nouvelle résidence:

«5 novembre 1781.

«Je ne cours pas encore Paris. Je suis occupé à me garantir du froid, du bruit et de la fumée. Mme de Brancas jouit en paix de son vaste et magnifique logement. Elle tousse cependant au milieu de sa magnificence[ [169], mais le plaisir de se voir à Paris et de revoir ses amis est un baume pour sa blessure.

«Ma santé est en dispute avec l'air de ce pays-ci. J'essaie de tenir bon. Je monte presque tous les jours à cheval, je prends du lait de chèvre...»

Heureusement Cerutti est distrait de ses maux par ses relations mondaines; il dîne en ville, il soupe avec ses amis, en particulier avec Saint-Lambert, qui lui demande longuement des nouvelles de tous ses amis de Lorraine, de Mme de Boufflers, de Mme Durival, de Panpan, etc.

Au mois de janvier 1782, il écrit encore longuement à Mme Durival pour la mettre au courant des racontars de la capitale.

«Paris, ce 19 janvier 1782.

«Comme on dit que tout le monde sera tué lundi, jour de la fête, il faut bien vous écrire, madame, pour vous dire un éternel adieu. Car n'imaginez pas que, malgré mon rhume, ma prudence, et les avis de tout le monde, je veullle renoncer au plaisir de voir le feu, les illuminations et la joie publique. Ce jour-là je courrai tout Paris comme si j'étais mordu de la tarentule. J'ignore dans quelle rue je périrai, mais je m'en console d'avance par l'espérance d'une épitaphe que vous me ferez.

«Sérieusement, je ne crois pas à un seul des mauvais bruits répandus à ce sujet dans Paris. Il y a des gens qui se plaisent à effrayer le peuple et ensuite ils rient de sa frayeur comme l'on rit de celle des enfants.