«Tout cela m'afflige jusqu'au fond de l'âme. Je vois cette malheureuse femme tout près de la caducité et de la pauvreté, sans existence, sans société, sans ressources. Le jeu est son unique plaisir et son unique occupation. Quelle malheureuse passion!»

Mme de Lenoncourt serait bien désireuse de rencontrer plus fréquemment cette amie, qu'au fond elle aime si tendrement, mais c'est là chose impossible: «Elle a deux maudites rosses qui la mènent partout où l'on joue, écrit-elle avec rage, mais bien peu chez moi.»

La marquise est d'autant plus désolée de ne pas voir plus souvent Mme de Boufflers, qu'elle-même a éprouvé bien des déceptions en s'installant à Paris et qu'elle avait compté sur son amie pour lui rendre la vie plus agréable.

D'abord, au point de vue matériel, elle s'est trouvée dans des conditions déplorables. Elle a naturellement peu d'argent à mettre à son loyer et elle a dû se loger dans un chenil, «une maison culbutée de la cave au grenier, de l'huile puante partout!» Ces odeurs horribles jointes au bruit de la rue la tuent. Aussi Paris lui paraît-il laid et désagréable, et elle a peine à «s'y rhabituer». Combien elle regrette son cher Lunéville où elle était si bien logée, où elle jouissait de tant de repos!

Certes, ses amis ont été charmants pour elle, elle les a retrouvés tels qu'elle les avait quittés; ils la comblent de marques d'affection, mais la vie de province avait bien plus de charme.

Elle écrit tristement à son cher Veau:

«Je fais des visites qui me fatiguent, je ne trouve que les gens que je ne désire pas; je fais des soupers tristes, ennuyeux et dont tout le monde se plaint. Je vois mes amis souvent pour Paris, peu pour moi qui les voyais tous les jours à Lunéville, enfin, mon cher Panpan, il faut que je sois très vieillie, car je sens que cette vie ne me convient plus.»

L'été est pire encore que l'hiver, s'il est possible: «On n'y a pour toute société que quelques ennuyeux qui ne savent que devenir, les rues sont empuantées, enfin Paris est un séjour odieux.»

A force de chercher, Mme de Lenoncourt finit par trouver dans un quartier éloigné un appartement grand, gai et commode. Malgré la distance qui l'éloigne encore davantage de ses amis, elle est ravie, car elle n'y entend d'autre bruit que le chant du coq.

Cependant Mme de Boufflers, loin de se calmer, continuait à mener la même vie agitée et troublante dont nous avons fait une rapide description. La visite du jeune roi de Danemark, en octobre 1768, fut un prétexte pour elle à de nouvelles folies. Ce roi de «marionnettes[ [40]», à peine débarqué à Paris, fut accablé de