Faisons remarquer après le récit de ce voyage que M. Buffet est parti le même jour que M. Rolier. Mais il a quitté terre une heure après le voyageur de Norwége, ce qui lui a permis au lever du soleil de toucher terre à l'extrémité de la Hollande. S'il était parti à la même heure, il est probable qu'il aurait quitté les côtes de la Hollande, sans voir la mer, et qu'il se serait également égaré!
30e Ascension. 24 novembre.—L'Egalité (3,000 mèt. cub.).—Aéronaute: W. de Fonvielle.—Passagers: MM. de Viloutray, Bunel, Rouzé et un quatrième voyageur.
Départ: usine à gaz, Vaugirard, 10h. matin.
Arrivée: Louvain (Belgique), 2h. 15 soir.
Cette ascension est une entreprise particulière organisée par M. de Fonvielle, qui a d'abord voulu utiliser l'ancien ballon captif de l'Exposition universelle de 1867.
Mais cette première tentative ne fut pas heureuse. L'ex-ballon captif, mal gonflé, se sépara de son filet, quand on voulut le baisser contre terre pour réparer une fente ouverte dans l'étoffe. Il s'échappa tout seul dans les airs, sans filet, sans nacelle, et tomba entre les lignes prussiennes et les lignes françaises.—On le voyait de loin, s'agiter contre terre, comme une baleine échouée sur le rivage. Mais les postes français ne se décidèrent pas à aller le chercher sans une autorisation de la place. Quand on obtint la permission, trois jours après, il était trop tard! Les Prussiens s'étaient emparés de l'aérostat!
PREMIER BALLON PERDU EN MER.
31e Ascension. 30 novembre.—Le Jacquard (2,000 mèt. cub.).—Aéronaute: Prince, marin.—Pas de passager.
Dépêches: 250 kil.
Départ: gare d'Orléans, 11h. soir.
Arrivée: lieu inconnu.
Il paraît que lorsque le marin Prince partit en ballon, il s'écria avec enthousiasme: «Je veux faire un immense voyage, on parlera de mon ascension!» Il s'éleva lentement à 11 heures du soir, par une nuit noire.—On ne l'a jamais revu depuis.
Un navire anglais aperçut le ballon, en vue de Plymouth; il se perdit en mer. Quel drame épouvantable a dû torturer l'esprit de l'infortuné Prince, avant de trouver la plus horrible des morts! Seul du haut des airs, il contemple l'étendue de l'Océan où fatalement il doit descendre. Il compte les sacs de lest, et ne les sacrifie qu'avec une parcimonie scrupuleuse. Chaque poignée de sable qu'il lance est un peu de sa vie qui s'en va.—Il arrive, ce moment suprême, où tout est jeté par dessus bord! Le ballon descend, se rapproche du gouffre immense!... La nacelle se heurte sur la cime des vagues, elle n'enfonce pas, elle glisse à la surface des flots, entraînée par le globe aérien, qui se creuse comme une grande voile! Pendant combien de temps durera ce sinistre voyage? Il peut se prolonger jusqu'à ce que la mort saisisse l'aéronaute, par la faim, par le froid peut-être!—Quel épouvantable et navrant tableau, que celui de ce voyageur, perdu dans l'immensité de la mer! Il cherche de loin un navire..., jusqu'au dernier moment il espère le salut!
Pauvre Prince, brave marin, tu as perdu la vie pour ton pays, l'histoire enregistrera ton nom—ainsi que celui de Lacaze qui est mort comme toi, au milieu de l'Océan—sur la liste des hommes de coeur, qui dans les moments suprêmes savent noblement mourir pour la patrie!
VOYAGE DE BELLE-ILE-EN-MER.