Puis le commandant en chef de la deuxième armée dit à son aide de camp:

—Faites seller mes chevaux; je pars de suite.

Je me sauve, en courant de joie, prévenir notre équipe, afin de tout disposer pour l'ascension.

—Enfin, m'écriai-je, voilà donc un homme intelligent, qui a oublié la routine, la vieille et sainte routine! Il ne m'a pas demandé si je sortais de Saint-Cyr ou du génie militaire, il m'a questionné sur ce que je pouvais faire, et prend au moins la peine de venir voir des expériences aérostatiques. Voilà vingt ans que des aéronautes se présentent aux généraux, au gouvernement, s'offrent dans toutes les guerres; mais les officiers de cour ont toujours dit avec dédain:

—Vous n'êtes pas de l'armée, mes amis, passez votre chemin!

Ce sont ceux-là même qui disaient aux rudes habitants de l'Ardenne et des Vosges:

—Vous n'êtes pas de l'armée, vous n'aurez pas de fusils.

Et aux paysans qui connaissent les ravins, les défilés, les gorges escarpées, les bons coins, en un mot:

—Vous n'êtes pas de l'armée, vous ne pouvez pas nous renseigner.

J'accours auprès du ballon.