On voit passer à Rennes une quarantaine de prisonniers prussiens, dont un officier, tous beaux hommes et bien équipés.
En approchant de la gare de Rennes, nous avons compté plus de cinq cents fourgons remplis de vivres destiné à l'approvisionnement de Paris. Dans les circonstances actuelles, ce spectacle n'est-il pas navrant? Quel abîme, hélas! sépare les Parisiens de ces vivres qu'on a amassés pour eux!
En rentrant ce soir dans les rues de Rennes, je me demandais, avec mon frère, où j'étais. Notre vie, depuis quatre mois, est vraiment extraordinaire. Toujours en mouvement, allant d'émotions en émotions, c'est un étourdissement, un rêve perpétuel.
Impossible de coucher trois jours à la même place! Quand je me réveille le matin, je ne sais plus où je suis! Je cherche des yeux ma chambre de Paris, mon at home, ma bibliothèque, et ne retrouvant rien, la triste réalité se représente à mes yeux.
Mardi 17 janvier.—Il pleut toute la journée. Pas un passant dans les rues de Rennes.
Nous envoyons au général Chanzy, dont le quartier général est décidément à Laval, le télégramme suivant:
«Compagnie des aérostiers est à Rennes attendant vos ordres.»
Le soir, à dix heures, on m'apporte une réponse envoyée avec une exactitude toute militaire.
«Attendez à demain, je vous donnerai des instructions.»
Mais de longues journées devaient se passer dans le silence. La deuxième armée prenait de nouvelles positions autour de Laval.