3e ASCENSION. 29 septembre.—Louis Godard part de l'usine à gaz de la Villette avec M. Courtin à 10 heures 30. Il a réuni par une grande perche les nacelles des deux ballons le Napoléon (800 mèt. cub.) et l'Hirondelle (500 mèt. cub.). Ces ballons se touchent à l'équateur et ils comprennent entre eux un troisième petit aérostat de 40 mèt. cub. L'appareil est un peu baroque, mais il ne s'en enlève pas moins dans de bonnes conditions à 10 heures 30 du matin. Les deux ballons attachés qu'on a appelés depuis les États-Unis, passent au-dessus des buttes Montmartre et tombent à Mantes à 1 heure de l'après-midi. Nous donnons le récit du voyage d'après le Moniteur officiel de Tours.
«M.J.-G. Courtin, fournisseur de l'armée, chargé de conduire les dépêches du gouvernement, est parti jeudi de Paris. L'aéronaute, Louis Godard, commandait l'escadrille aérienne, qui se composait de deux ballons et de deux nacelles, liés ensemble et marchant de conserve. Le poids total des dépêches confiées à M. Courtin s'élevait à 83 kilogrammes.
«Le départ a eu lieu jeudi, à 10 heures du matin, à l'usine à gaz de la Villette. Nos voyageurs ont passé sur le Mont-Valérien à 800 mètres de hauteur. Après avoir dépassé la forteresse, à deux kilomètres environ, ils ont essuyé quelques coups de feu, qui naturellement n'ont point porté jusqu'à eux. Ils ont jeté du lest, et se sont élevés jusqu'à 1,500 mètres. Ils étaient en ce moment sur la forêt de Saint-Germain, d'où les Prussiens ont, avec le même insuccès, tiré sur les ballons. Faute de vent, ils ont plané assez longtemps et ont dû redescendre à 800 mètres, afin de rencontrer un courant.
«Le reste du voyage aérien s'est accompli sans encombre et sans incidents.
«M.J.-G. Courtin et M. Godard ayant traversé Mantes, ont pris leurs dispositions pour atterrir.
«C'est à trois kilomètres de cette ville qu'ils ont touché terre; mais ils ont été traînés pendant au moins 150 mètres. Ils étaient dans cette position désagréable, quand une troupe de cavaliers est arrivée sur eux ventre à terre. Ils ont pris ces hommes pour des Prussiens et se sont crus perdus. Heureusement la troupe était commandée par M. Estancelin, qui est chargé d'organiser la défense dans le nord-ouest, et qui s'est empressé, après avoir aidé nos voyageurs à prendre terre, de donner à l'envoyé du gouvernement une escorte pour gagner Mantes, où son arrivée a causé une alerte, car les Prussiens étaient d'un côté de la ville pendant que M. Courtin y entrait de l'autre.
«Celui-ci a été parfaitement accueilli, et a reçu, avec une ovation, des offres de services de tout le monde. Une voiture à deux chevaux a été mise immédiatement à sa disposition pour gagner Evreux.»
4e ASCENSION. 30 septembre.—Le Céleste, 750 mètres; aéronaute, G. Tissandier. Pas de passager. J'ai donné, dans la première partie de cet ouvrage, tous les détails de mon ascension, mais je crois devoir rapporter ici quelques faits curieux qui se rattachent à l'histoire générale des ballons-poste. Je ne devais pas d'abord partir dans le Céleste; ce ballon était réservé à un autre aéronaute, homme d'affaires généralement aussi connu que peu estimé, que je demanderai permission de ne désigner que sous le nom de M.X...
X..., avec l'aplomb qui le caractérise, s'en va trouver M. Jules Favre.
—Monsieur le ministre, dit-il, je suis désigné par M. Rampont pour partir comme courrier de la poste dans un ballon. Avez-vous des recommandations à me faire?