17e et 18e Ascensions. 27 octobre.—1° Le Vauban (1,200 mèt. cub.). Aéronaute: Guillaume, marin.—Passagers: Reitlinger, photographe; Cassiers, propriétaire de pigeons.
Dépêches: 270k. Pigeons: 23.
Départ: gare d'Orléans, 9h. m.
Arrivée: Vignoles (Meuse), 1h. s.
2° La Bretagne (2,000 mèt. cub.), appartenant à une entreprise particulière. Aéronaute: Cuzon.—Passagers: MM. Woerth, Manceau et Hudin.
Départ: usine à gaz, la Villette, midi.
Arrivée: Verdun (Meuse), 3 h.s.
La Bretagne et le Vauban sont, comme on le voit, partis le même jour. Le premier de ces ballons était destiné à tomber entre les mains des Prussiens. Il allait commencer la série des catastrophes aériennes. Nous laisserons M. de Fonvielle, qui a pu se procurer des détails sur ces voyages, en raconter les émouvantes péripéties.
«Le 27 octobre est un jour fatal à la République; car c'est alors que Metz capitula, et que l'armée cernant Bazaine put se rendre autour de Paris pour prendre une part active tant à l'investissement de la capitale qu'à la défaite des armées de secours. Au point de vue aéronautique, le résultat ne fut guère meilleur.
«Le Vauban fut le plus heureux des deux ballons; cependant il alla tomber près de Verdun, dans un district occupé par les Prussiens. M. Reitlinger, que j'ai vu à Londres, m'a dit qu'il ne s'en serait pas tiré sans sa connaissance de la langue allemande, qu'il manie comme le français, ce qui n'a rien d'étonnant, puisqu'il est Bavarois de naissance.
«Le marchand de pigeons fut grièvement blessé dans le traînage. Mais les péripéties du Vauban ne sont rien auprès de celles de la Bretagne, que M. Manceau nous a racontées et qui nous serviront à faire comprendre la manière dont certaines ascensions ont été conduites.
«Au moment du départ, le vent poussait le ballon vers le nord-est avec une certaine stabilité, car la Bretagne et le Vauban ne sont descendus qu'à quelques kilomètres l'un de l'autre, quoique partis à trois heures de différence de temps.
«Après être resté deux heures à naviguer dans une direction qui n'avait rien de bien attrayant, M. Cuzon eut envie de descendre. Malgré les protestations de M. Manceau, il donna deux coups de soupape, et le ballon ne tarda point à se rapprocher de la surface de la terre... terre inhospitalière s'il en fut; car les voyageurs aériens furent reçus par une vive mousqueterie. Ils étaient tombés au milieu d'un tas de Prussiens qu'ils n'avaient pas vus, quoiqu'ils eussent huit yeux et des lunettes à bord! Mais comme on était près de terre, au-dessus d'une prairie, M. Woerth s'élance de la nacelle, contrairement aux règles de la discipline et de la solidarité.
«Il tombe au milieu des ennemis, auxquels il fait signe en agitant un mouchoir blanc au dessus de sa tête. On lui fait grâce de la vie, et on l'entraîne en prison.
«Malgré ses pressantes réclamations, celles de sa famille et celles de son gouvernement, car il est sujet anglais, il est retenu jusqu'à la fin de la guerre. La captivité de M. Woerth a fait beaucoup de bruit en Angleterre, et, en effet, cette circonstance est une de celles dans lesquelles le gouvernement britannique a le mieux montré combien il était méprisable et lâche.