Oui.

LA REINE.

Si vous êtes triste, vous allez me rendre triste.

ALDO.

J'essaierai de ne pas l'être; mais, quand vous avez besoin de distraction et de gaieté, pourquoi me faites-vous appeler? Ce n'est pas ma société qui vous convient dans ces moments-là. Votre nain Tickle a plus d'esprit et de bons mots que moi.

LA REINE.

Mais il est méchant et laid. J'aime la gaieté, mais c'est un banquet où je ne voudrais m'asseoir qu'avec des convives dignes de moi. Pourquoi méprisez-vous le rire? Vous croyez-vous trop céleste pour vous amuser comme les autres hommes?

ALDO.

Je me sens trop faible pour professer le caractère jovial. Quand je semble gai, je suis navré ou malade; le bonheur est sérieux, la douleur est silencieuse. Je ne suis capable que de joie ou de tristesse. La gaieté est un état intermédiaire dont je n'ai pas la faculté, j'y arrive par une excitation factice. Si vous m'ordonnez de rire, commandez le souper, faites danser sir John Tickle sur la table; en voyant ses grimaces, en buvant du vin d'Espagne, il pourra m'arriver de tomber en convulsion. Mais ici, près de vous, de quoi puis-je me divertir? Je vous regarde et vous trouve belle; je suis recueilli. Vous me regardez avec bonté, je suis heureux; vous me raillez, et je suis triste.

LA REINE.