—C'est donc une personne tout à fait distinguée? reprit André.

—Oui-da, je crois bien! repartit Henriette; je vous le disais tout à l'heure, c'est une grisette comme celle-là qu'il faudrait pour dîner avec monsieur! Mais tout marquis que vous êtes, monsieur André, vous feriez bien de ne pas oublier vos manchettes pour lui parler; on parle de fierté: c'est elle qui sait ce que c'est!

—Mais qu'est-elle donc elle-même? interrompit Joseph; de quel droit s'élève-t-elle au-dessus de vous?

—Ne croyez pas cela, monsieur; avec nous elle est aussi bonne camarade que la première venue.

—Pourquoi donc ne va-t-elle pas au bal et à la promenade avec vous?

—C'est son caractère; elle aime mieux étudier dans ses livres. Mais elle nous invite chez elle le soir, quand elle a gagné une petite somme. Elle nous donne des gâteaux et du thé; et puis elle chante pour nous faire danser, et elle chante mieux avec son gosier que vous avec votre flûte. Il faut voir comme elle nous reçoit bien! quelle propreté chez elle! c'est un petit palais! On ne dira pas qu'elle est aidée par ses amants, celle-là!

—Ah! oui, des jolis bals! dit Joseph, des bals sans hommes! Je suis sûr que vous vous ennuyez.

—Voyez-vous cet orgueil! ces messieurs se figurent qu'on ne pense qu'à eux!

—A quoi tout cela la mènera-t-il? reprit Joseph; trouvera-t-elle un mari sous les feuillets de ses vieux livres ou dans les boutons de ses fleurs?

—Bah! bah! un mari! quel est donc l'artisan qui pourrait épouser une femme comme elle? Un beau mari pour elle qu'un serrurier ou un cordonnier, avec ses mains sales et son tablier de cuir! Et quant à vous, mes beaux messieurs, vous n'épousez guère, et Geneviève est trop fière pour être votre bonne amie autrement.