—Oh! voyons-les, je vous en supplie, dit André; montrez-moi ces trésors.
Geneviève alla ouvrir une armoire réservée, et montra à son jeune pédant une collection de fleurs admirablement faites. «Voici du véritable fuxia, dit-elle en lui désignant avec orgueil une branche de cette jolie plante.
—Ceci est un chef-d'oeuvre, dit André en la prenant avec précaution. Vous ne savez pas quelles immenses ressources vous offre votre talent. Un amateur paierait cette fleur un prix exorbitant. Cependant on pourrait y faire encore une légère critique: les fleurs sont trop régulièrement parfaites; la nature est plus capricieuse, plus sans façon. Ainsi le calice du fuxia a souvent cinq pétales, et souvent trois, au lieu de quatre qu'il doit avoir. Les caryophyllées sont sujettes à ces erreurs continuelles et n'en sont que plus belles. Voyez ce violier jaune qui est sur votre fenêtre.
—Vous avez peut-être raison, dit Geneviève. Moi j'évitais cela dans la crainte de mal faire. Aimez-vous ces pois de senteur?
—Il n'y manque que le parfum; cependant voici un petit défaut: toutes les légumineuses ont dix étamines, mais neuf seulement sont réunies dans une sorte de gaine; la dixième est indépendante des autres, et vous n'avez pas observé cette particularité.
—Êtes-vous sûr de cela?
—Il y a du genêt d'Espagne dans mon bouquet: déchirez-en une fleur.
—En vérité, vous avez raison; mais vous êtes bien sévère. Tant mieux pourtant; il y a beaucoup à profiter avec vous. Continuez donc à m'instruire, je vous en prie.
André examina tous les cartons et trouva peu à critiquer, beaucoup à louer; mais il ne négligea aucune occasion de relever les fautes légères de l'artiste, car il sentit que c'était le moyen de captiver l'attention et de rendre sa présence désirable.
«Puisqu'il en est ainsi, dit Geneviève quand il eut fini, je n'oserai plus achever une fleur nouvelle sans vous consulter; car vous en savez plus que moi.