«Tenez-moi bien!» criait Joseph.

Geneviève ne songeait pas à avoir peur. En toute autre circonstance, rien au monde ne l'eut déterminée à une semblable témérité. Courir les chemins la nuit, seule avec un libertin avéré comme l'était Joseph, c'était une chose aussi contraire à ses habitudes qu'à son caractère; mais elle ne pensait à rien de tout cela. Elle serrait son bras autour de son cavalier, sans se soucier qu'il fût un homme, et se sentait emportée dans les ténèbres sans savoir si elle était enlevée par un cheval ou par le vent de la nuit.

«Voulez-vous que nous prenions le plus court? lui dit Joseph.

—Certainement, répondit-elle.

—Mais le chemin n'est pas bon: la rivière sera un peu haute, je vous en avertis. Vous n'aurez pas peur?

—Non, dit Geneviève. Prenons le plus court.

—Cette diable de petite fille n'a peur de rien, se dit Joseph, pas même de moi. Heureusement que la situation d'André m'ôte l'envie de rire, et que d'ailleurs mon amitié pour lui...

—Que dites-vous donc? il me semble que vous parlez tout seul, lui demanda Geneviève.

—Je dis que le chemin est mauvais, répondit Joseph, et que si je tombais, vous seriez obligée de tomber aussi.

—Dieu nous protégera, dit Geneviève avec ferveur, nous sommes déjà assez malheureux.