VIII

—Je vous trouve, quoi que vous en disiez, bien aristocrate dans vos lectures. Il vous faut des noms illustres, et je vois une foule d'excellentes choses, qui n'ont pas encore la consécration d'une célébrité retentissante, passer sur cette table sans qu'on leur fasse l'honneur de les lire et d'en causer.

Ainsi parla Théodore. Julie lui objecta la beauté du temps.

—On se promène et on travaille dehors tant que le jour dure, lui dit-elle, et, à force d'avaler de l'air, on est un peu grisé et somnolent quand on rentre au salon. Alors on n'a pas trop sa tête pour essayer des auteurs nouveaux; on risque de tomber sur ce qu'il y a de plus médiocre et de s'endormir tout à fait sur sa chaise; au lieu que, comme des mets de haut goût réveillent l'appétit, les livres éminents qui font naître des disputes raniment les esprits assoupis. Pourtant, si vous avez, dans toutes ces nouveautés, quelque chose de bon à nous lire, faites, nous écoutons.

THÉODORE.—Au train dont vous y allez, toutes les nouveautés sont vieilles. Ainsi, voilà un adorable ouvrage bien court qui n'a pas encore obtenu un regard de vous, superbe Julie, bien qu'il soit sur le piano depuis six mois.

JULIE.—Quoi? le Livre du bon Dieu, d'Édouard Plouvier? J'ai lu la musique.

THÉODORE.—Moi, je ne la connais pas. Elle est de Darcier?

JULIE.—Oui.

THÉODORE.—Est-elle jolie?

JULIE.—Oui.