LOUISE. Est une vieille enfant, je le sais: elle subit le prestige encore plus que moi; mais, toi qui te vantes d'y échapper... Non, c'est impossible! Je ne te crois pas. Tiens, donne-moi une dernière, une suprême marque d'affection. Quitte l'armée, quitte-nous; retourne à ton parti, à ta famille, à ton milieu. Fais en sorte que le marquis ne te revoie jamais...

MARIE. C'est sérieux, ce que tu me dis là?

LOUISE. Oui, quitte-moi pendant que je t'admire et te chéris encore. Demain, je te verrais troublée, il me semblerait que Saint-Gueltas te cherche ou te regarde... Cette jalousie qu'il veut exciter en moi me rendrait folle, injuste envers toi, odieuse à moi-même. Va-t'en, Marie, ma chère Marie! pardonne-moi, va-t'en, je te le demande à genoux.

MARIE. Adieu, Louise, ma pauvre amie! Hélas! que vas-tu devenir? (Elle l'embrasse.) Adieu!

LOUISE. Disons-nous adieu ici, et pleurons sans qu'on nous voie; mais tu vas venir avec moi à la ville. Il faudra nous entendre sur le voyage que tu vas faire et sur le prétexte à donner...

MARIE. A notre séparation? Je t'en laisse le soin. Tu diras que je suis lasse de partager tes fatigues et tes dangers.

LOUISE. Non, je ne mentirai pas. On ne me croirait pas d'ailleurs; on sait qui tu es!

MARIE. Eh bien, dis que ma vieille tante est malade et me rappelle à Paris.

LOUISE. C'est là que tu iras?

MARIE. Je n'en sais rien.